Résumé de l'ouvrage



La civilisation européenne a bouleversé l'ordre séculaire du monde ... l'homme doit repenser le progrès dans un espace désormais clos qui cherche un nouvel équilibre

Née en Méditerranée il y a près de trente siècles, l’Europe s’est enracinée entre Méditerranée et Mer du Nord avant que la Renaissance ne la pousse à répandre ses idées et ses techniques dans le monde entier. Elle a inventé une civilisation de progrès qui a fait disparaître les castes et les classes. Elle a permis au monde de s’engouffrer dans un processus de développement continu tandis que les masses européennes, paysans, ouvriers, employés, techniciens, cadres ou indépendants, se sont transformées en un large groupe dominant de « petit-bourgeois » moyennement argentés mais fortement sécurisés. L’élévation régulière du niveau de production, de rémunération, d’épargne et d’investissement a permis leur enrichissement progressif tandis que s’améliorait leur qualité de vie par la diffusion générale de l’éducation et par l’extension des systèmes de protection sociale.

Karl Marx et Adam Smith se sont trompés ! La science et la technique pas plus que le capitalisme n’ont paupérisé le monde. Ils ont en revanche, rompu l’équilibre démographique ancien en améliorant l’état de santé général de la population au point de la voir tripler ou quadrupler dans la plupart des pays en développement au cours des cinquante dernières années. Voilà le défi que cernent très mal nos intellectuels avec leur prédilection pour le « conceptuel » et leur méconnaissance des nécessités de l’action, nos économistes avec leurs modèles trop macro et trop économiques et nos « socio-penseurs » avec leur attirance pour le trop micro et le trop social .

L’Europe aurait-elle dû s’abstenir de créer cette « civilisation de progrès » et d’en répandre partout les bienfaits comme les malheurs ? Aurait-elle dû laisser les peuples du monde à leur état naturel de bon sauvage  ? Est-ce un bien comme le pensent les progressistes ? Est-ce un mal comme l’affirment les tenants du Club de Rome et maintenant, les « écolos-décroissants » ? Est-ce tenable comme l’espèrent les défenseurs d’une croissance durable ? Les philosophes puis les historiens en disputeront mais le mouvement est désormais en marche et il emporte le monde dans son tourbillon.

Il faudra seulement que notre homme nouveau, le petit-bourgeois européen, ose aller sur les hauteurs pour affronter le nouveau monde car l’enrichissement porte souvent plus à l’amollissement du caractère et au repli égoïste qu’au courage et à l’ouverture. 

 
 

Chapitre 1 : BIEN-PENSANCE, "INDIGNATIONS", PEURS ET CHIMERES ... le petit-bourgeois européen aliéné par ses faux-penseurs et ses faiseurs d'opinion

 

Cessons de fantasmer sur les rapports passés de l’Europe et du monde … et libérons nos énergies pour une cause qui vaille.

Colonialisme, esclavagisme, exploitation, … tous ont péché au moins autant que l’Europe ! Culpabilisation et repentance ne sont pas de mise et ne laissons pas quelques belles âmes et mauvais penseurs biaiser l’histoire du monde pour soigner leurs complexes et leurs problèmes existentiels. Le développement est un problème d’hommes, pas de charité pseudo-chrétienne ni de revendication post-marxiste. C’est moins d’argent dont les pays pauvres ont besoin que de bonne gestion et de méthode. Le modèle européen, humain autant que matériel, est devenu universel et il est le seul capable d’aider le monde à faire face au défi démographique et aux exigences d’un développement juste et durable pour tous. La coopération n’est pas un dû, elle se mérite ! Bien-pensance et penser-faux conduisent à l’erreur.

 

« L’indignation » n’améliore pas le sort des pauvres … plutôt que pleurnicher, brailler ou discourir, il faut agir quand le monde nous bouscule 

     

-        Pourquoi l’Europe devrait-elle se reprocher d’avoir inventé les concepts et créé les moyens qui permettent à l’humanité de progresser … et à nos bien-pensants de s’indigner des « injustices » du progrès ? Observons d’abord que si l’Europe a dominé le monde grâce à ses inventions scientifiques et techniques, c’est bien à elles que ce dernier sera redevable de son progrès futur. Par ailleurs, ce n’est pas parce que l’idée des droits de l’homme est un concept européen qu’il faut accepter comme normal que la plupart des pays ne les respectent pas chez eux ou pire encore, avoir des scrupules à exiger, même par la contrainte, que tous les respectent chez nous (statut des femmes, liberté d’expression, laïcité, …). Face aux excès de la religion des Droits de l’Homme, attaquons de front les problèmes (immigration, intégration, emploi des jeunes, délinquance …) au lieu de perdre notre âme à les taire ou à les nier au risque d’exaspérer les peuples et d’exciter les extrémismes. La priorité est de sauvegarder l’identité européenne comme un des éléments de la construction du monde nouveau. L’autre priorité est d’empêcher nos peuples et leurs gouvernants de s’avachir dans l’amollissement du caractère et la peur d’agir qu’engendre le confort. En face d’eux en effet, les jeunes des pays pauvres sont obligés de prendre leurs responsabilités tandis que nos « indignés » criaillent et font des caprices de gosses de riches. Qu’ils sachent que personne ne se battra à leur place ! 

-          Contrôler la nature et les flux de l’immigration n’est pas immoral ni indigne mais nécessaire et juste pour aider les immigrés déjà présents et qui en font l’effort, à mieux s’intégrer au tissu européen. Préserver la cohésion de la société européenne est primordial et il serait mortel de diluer son identité dans un magma socio-culturel indéfinissable ou pire encore, dans une Babel de communautarismes. L’immigration ne concerne pas que les quelques dizaines ou centaines de milliers d’immigrants mais elle touche, et perturbe lorsqu’elle est mal maîtrisée, les millions de gens qui les reçoivent chez eux. L’Europe n’a pas besoin d’une immigration massive mais choisie et donc contrôlée selon les compétences, les pays et les secteurs. Elle n’est pas en mesure de recevoir toute la misère du monde (les belles âmes devraient mieux écouter leurs anciens pasteurs politiques !!). Une coordination efficace des politiques et des moyens et si nécessaire un durcissement des accords de Schengen, sont indispensables pour maîtriser l’immigration. Les « printemps arabes » et l’éviction progressive des autocrates du tiers-monde réduiront-ils la pression des peuples qui souffrent ? Leurs nouvelles élites feront-elles proprement leur travail de stabilisation ?

-          On ne met pas l’islam en cause quand on demande que chacun respecte la loi du pays où il se trouvecela s’applique à tous, aux musulmans français comme aux étrangers. Il est naturel de punir ceux qui tentent d’imposer leur foi, leurs pratiques et leurs coutumes par la force ou la pression morale ou sociale. On ne doit céder à aucune tentative intégriste des religions prosélytes, juive, évangéliste ou islamiste. Se prétendant investies d’une mission divine, elles avancent tant qu’il n’y a pas de résistance. Il faut donc rejeter les jésuiteries islamistes de ceux des docteurs de la loi qui prêchent la « compréhension » donc « l’excuse » pour mieux obtenir ensuite, « l’acceptation » puis la « justification » et « imposer » enfin leurs pratiques au nom d’une tradition qui n’est le plus souvent qu’une interprétation parmi d’autres (et parfois déviante) du texte sacré ou de la sunna ! L’islam doit évoluer, ses ‘ulémas théoriser cette évolution et ses imams la prêcher. Il pourrait à ces conditions, devenir compatible avec la démocratie mais la chari’a ne saurait l’être dans son état actuel. Le monde arabe et musulman en général a été le siège d’une grande civilisation, il n’a pas à faire de complexes d’identité et doit se refuser aux archaïsmes de l’islamisme qui est la caricature de l’Islam comme l’Inquisition l’était du christianisme !

-          Punir un délinquant n’est pas non plus une « indignité » quelles que soient les excuses qu’on puisse lui trouver (pauvreté, chômage, défaut d’intégration, défaut d’éducation, etc…). Un pauvre, un immigré, un jeune n’a pas plus de droits ni moins de devoirs du fait qu’il est pauvre, immigré ou jeune ! La prévention bien sûr, mais pas d’angélisme « excusatoire » qui mène droit à la récidive en ruinant toute idée de respect des choses et des gens. Aux jeunes, associations et municipalités d’agir pour rendre vivables leurs quartiers et attirer les employeurs. Quant aux voyous irrécupérables, ils ne sont que quelques milliers dans les quelques centaines de quartiers « sensibles » mais étant à l’origine de la plus grande part des crimes et délits, ils méritent une politique répressive sévère. C’est au « politique » » d’en décider et non aux militants du « tout préventif » associatif ou judiciaire. La prévention commence par l’école et c’est par elle qu’on préviendra la voyoucratie mais là aussi (hélas !) les faux-penseurs de l’éducation ont gangrené le système par les lubies pédagogiques et la permissivité qu’ils ont fait régner à l’école.

-          Des riches et des pauvres … une réalité ancienne qui n’est pas « indigne » de nos sociétés modernes . Elles ont au contraire considérablement réduit les inégalités en faisant de nous, une société de « petit-bourgeois », nouvelle classe dominante en Occident à laquelle aspire aussi le monde en développement. Si comme le veulent nos bien-pensants épris de justice sociale, on fait passer les riches à l’échafaud de la fiscalité, il ne restera plus que des pauvres à l’exemple des pays socialistes-soviétiques, … ou des pieux comme dans les monastères ( ?), … ou alors, nous vivrons en communautés autarciques comme autrefois dans les Andes ou en Amazonie, … ou comme les hippies des années 60. Allons, ce n’est pas cela le genre humain ! L’égalitarisme, une imbécilité bien-pensante à laquelle nos partis de gauche sacrifient à l’approche de chaque élection … une notion complice de l’hypocrisie relativiste, pilier du penser-faux. Non ! Tout ne se vaut pas ! Les hommes, les cultures et les civilisations ne sont ni égaux ni semblables même si nos valeurs occidentales voudraient idéalement qu’ils le soient et qu’ils évoluent vers cet idéal. En attendant la concrétisation de cette belle utopie de « civilisation globisée », reconnaissons aux vrais pauvres, ceux du tiers-monde, et à eux seuls qui n’ont ni assurance-chômage, ni sécurité sociale ni retraite ni même d’emploi régulier, le droit de se plaindre … or ils ne se plaignent pas à la différence de nos « petit-bourgeois indignés » qui le font sans pudeur alors qu’ils ont déjà tout cela !

-          L’école et l’éducation sont les outils fondamentaux de la cohésion sociale et de l’intégration des populations immigrées. Encore faudrait-il que les parents éduquent et que les enseignants enseignent ! On n’y apprend plus le « respect » ni la discipline ni même à lire, écrire ou compter sans trop de fautes. L’école est faite pour donner des points de référence aux enfants mais les « faux-penseurs » ont pris le commandement : « l’enfant doit construire lui-même ses propres savoirs », « pas de contrainte qui réduirait sa créativité et son libre-arbitre » et pas de « transmission » (autoritaire !) du savoir. On préfère punir les maîtres pour leur sévérité plutôt que les élèves pour leur indiscipline. On confond permissivité et éducation, chahut et créativité voire injure ou violence et expression de soi-même. Résultat : beaucoup de « paumés » un peu partout, et dans les quartiers « sensibles » beaucoup de gosses en perdition qui rateront la marche de l’intégration. Le problème de fond n’est pas un problème de moyens mais bien d’indiscipline au travail et de méthodes pédagogiques qui conduisent à la médiocrisation des diplômes et à la baisse des niveaux. C’est le devoir du « politique » que de rendre leur autorité aux professeurs, de rétablir la discipline et de décider des contenus, des méthodes et de l’organisation des enseignements. Les fonctionnaires doivent obéir aux instructions, les syndicats revenir à leur rôle de défense des intérêts de leurs membres (et non de leurs intérêts propres ni, plus hypocritement, d’un « service public » qui ne leur appartient pas) et les penseurs ou chercheurs en pédagogie rentrer dans leurs laboratoires sans contaminer les services opérationnels.

-          Comme pour l’Education Nationale (et même si cela déplaît !), le problème du secteur public dans son ensemble, n’est pas un problème de moyens mais d’organisation plus efficace du travail.  La France n’est pas un pays sous-administré mais pléthoriquement donc mal administré où les syndicats ont profité des lâchetés de leurs ministres successifs pour empiéter sur les prérogatives de l’Etat et obtenir des avantages statutaires et non-statutaires trop souvent injustifiés. L’Etat a donc engagé la réforme des structures scolaires, hospitalières, judiciaires, policières, militaires et d’autres institutions pour adapter les missions et les moyens aux besoins et améliorer ainsi le rapport coût/efficacité des services. Les réactions excessives et parfois butées des syndicats et des agents nous amènent à constater une déviance grave de la conception du service public et à leur rappeler que les services publics ne sont pas leur propriété mais celle de la Nation dont le Gouvernement est le seul représentant légitime. Ce seul fait et le haut niveau de socialisation de notre économie et de notre système social font une obligation au service public d’être efficace au moindre coût et pour cela de s’adapter en permanence. Ceci implique d’en finir avec la paranoïa syndicale et les faux prétextes de la qualité opposée à la productivité. Personne n’attaque le secteur public mais il est vital d’améliorer ses performances pour le sauvegarder et éventuellement le développer où il est le plus efficace. L’amélioration permanente du binôme qualité/productivité est une nécessité vitale du secteur privé : elle doit aussi devenir une ardente obligation du secteur public pour éviter que son poids ne mette notre économie hors du jeu mondial.

-          L’allergie à la réforme, la peur du changement … et la gauche à contre-sens ! Après les inepties socialistes les plus remarquables (retraite à 60 ans, 35 heures, obsession du « toujours plus » …), la réforme des retraites de 2010 ouvre la voie à d’autres réformes urgentes : services de l’Etat, gestion des collectivités territoriales, sécurisation/flexibilisation de l’emploi dans le secteur privé. Bien sûr, nos « bêta bloquants » habituels, syndicats, groupuscules « révolutionnaires », associations de toutes sortes, émanations du Parti Socialiste et autres partis de gauche se sont précipités dans la rue et y ont jeté les jeunes pour réclamer toujours plus de « cocooning » et d’assistanat. Ne devraient-ils pas plutôt les encourager à l’effort et les aider à se préparer au combat qui les attend face aux jeunes de pays qui ont beaucoup plus faim qu’eux ? On se lamente, on râle, on hurle en France et en Europe … et pourtant le pouvoir d’achat a continué d’augmenter pendant ces années de crise et l’emploi n’a fait que revenir à son niveau des années du gouvernement Jospin. Personne ne se plaignait alors de « l’horreur économique » !

 

Les intellectuels n’ont pas nécessairement l’intelligence du monde … ils sont dans la parole et pour l’action, ils laissent les risques à d’autres … à nos modernes sophistes, on devrait donner la ciguë ! Qu’ils aillent donc sur les hauteurs et pensent grand au lieu de penser faux !


Les tourbillons idéologiques du 20è siècle les ont si fort perturbé qu’ils se sont laissé abuser par le marxisme auquel ils ont fait allégeance en masse, en dépit de son erreur fondamentale et des crimes monstrueux de ses applications déviantes. Les séquelles de cette épidémie de penser-faux sont encore si fortes que personne ne leur rappelle que le fascisme  mussolinien ou le nazisme allemand n'ont existé qu'en réaction contre les menaces et tentatives de prise de pouvoir des communistes dans divers pays d'Europe après la première guerre mondiale et la révolution russe. Si on y ajoute les déviances du maoïsme chinois ou du communisme vietnamien, le génocide cambodgien au nom de "l'homme nouveau" et les dérives maoïstes ou trotzkistes de toutes les révolutions du monde, on comprend que le marxisme aura été le grand malheur du 20è siècle, ses "praticiens" la plus grande engeance criminelle de l'histoire et ses admirateurs et "compagnons de route" les plus remarquables crétins du monde !   Voyant venir l'échec, nos intellectuels se sont alors efforcés d’y échapper après la dernière guerre, en créant quelques avatars du marxisme au confluent du freudisme et des échafaudages « structuralistes » et « (dé)-constructivistes ». Lancés par le malentendu sartrien, « l’enfer c’est les autres ! », par les complications intellectuelles de nos philosophes de la Rue d’Ulm, par les provocations d’un Duchamp (« un pet d’artiste, c’est de l’art ! ») et par les élucubrations modernistes de nos « penseurs de l’éducation », les petit-bourgeois « révolutionnaires » de 68 ont atteint le pic de l’imbécilité en « interdisant d’interdire » et en « jouissant sans entrave » !

Le processus de déresponsabilisation des individus à l’égard de la société et de déliquescence de l’esprit public a atteint son sommet quand nos penseurs se sont mués en vulgarisateurs à la croisée du journalisme et du tourisme politico-humanitariste. Ils se sont alors répandus sur les malheurs du monde et ont créé la nouvelle religion des bons sentiments et de la bien-pensance faite de revendication vengeresse crypto-marxiste et de charité crypto-chrétienne où les intérêts catégoriels et minoritaires prennent le pas sur l’intérêt de tous au risque de briser la cohésion sociale et d’exciter les extrémismes. Conscients malgré tout que l’égalitarisme était une imbécilité, ils se sont réfugiés dans le pharisaïsme du relativisme. « Non ! tout ne se vaut pas » dans le domaine intellectuel, pas plus que dans celui des arts ou dans celui des droits et encore moins dans le domaine matériel. Les hommes, les cultures et les civilisations ne sont ni égaux ni semblables même si nos valeurs occidentales voudraient idéalement qu’ils le soient et qu’ils évoluent vers cet idéal. Nos intellectuels alors, se mettent à tourner en rond et orphelins des idéologies mortes, ils trouvent d’autres refuges dans l’écologisme (ersatz potentiel de la dictature du prolétariat) ou dans la prêtrise tous azimuts des droits de l’homme.

Paraphrasant Simone Weil, on pourrait dire qu’ils ont été « aspirés par la pesanteur plutôt que sublimés par la grâce » ! Ils ont néanmoins réussi à paumer des générations entières qui ont appris à penser-faux à leur contact. Il est temps de revenir des illusions, de cesser d’encourager les jeunes au conservatisme social par opposition à toute réforme et de les pousser au maternage assistantialiste en satisfaisant leurs caprices de gosses de riches. En face d’eux, les jeunes des pays pauvres sont en marche et ils agissent au lieu de discourir, bêler ou criailler dans la rue !

 

Laissons donc se tromper les penseurs et commentateurs, économistes, sociologues, philosophes, hommes de bien ou mondains … errare humanum est … sed diabolicum  lorsque les journalistes s’en mêlent car alors, c’est le peuple tout entier qu’on égare !  


Les inconséquences de nos intellectuels ne touchent que le cercle restreint de leurs admirateurs mais le tambour médiatique peut en faire une épidémie ravageuse pour la société. Obsédés par le « scoop » et la frénésie « d’informer », ou encore par le tirage ou l’audience, les journalistes ne prennent pas le recul nécessaire pour mettre l’information en perspective et s’appesantissent sur les détails, toujours plus accessibles que le fond, au risque de mal-informer voire de désinformer, et les plus idéologisés ou militants d’entre eux le font sciemment. Les medias bien-pensants (Le Monde, Le Nouvel Observateur, Libération, et malheureusement une grande partie du « service public de l’information » avec France Inter comme porte-étendard sans parler des Zorros-justiciers du genre Mediapart, etc…) s’évertuent à semer le doute dans l’esprit des gens et à pervertir l’esprit public en relativisant systématiquement les bonnes nouvelles dans un sens négatif et en emphatisant les mauvaises sur lesquelles ils se plaisent à revenir en boucle. On crée ainsi le cercle vicieux de la morosité, de la désespérance et de la contestation qui permet de mieux « tenir » le lecteur ou l’auditeur ! Journalistes et media, prenez de la hauteur et faites plutôt mentir Dante, redonnez-lui l’espérance au lieu de cultiver son égocentrique morosité !

Journalistes et commentateurs de tous les pays, ne vous jalousez pas ! vos exagérations, approximations et erreurs de jugement sont internationales, par exemple l’affolement que vous avez créé à propos de la grippe H1N1, du réchauffement climatique avec les images-choc et les discours « terrific » de nos écologistes nouveaux convertis, ou encore votre rabâchage des plans de licenciement de crise sans que vous ne parliez jamais des embauches et alors que 10.000 personnes changent d’emploi chaque jour dans des pays comme la France, l’Allemagne, l’Angleterre ou l’Italie. Ce n’est pas toujours de la mauvaise foi, c’est alors tout simplement de la mauvaise information.

Quant à ceux qui font du militantisme politique sous couvert de journalisme, promoteurs acharnés de la morosité et de la désespérance publiques ou spécialistes des remuements nauséabonds, qu’ils sachent qu’il n’y a pas de quatrième pouvoir dans une démocratie, pas plus celui de la rue que celui des media !

 

Agitation électorale, excitation médiatique … notre petit-bourgeois européen égaré par ses faiseurs d’opinion, s’étonne quand ses gouvernants se mettent à gouverner et lui redonnent à espérer.


 
L’année 2012 sera électorale dans beaucoup de grands pays (France, Allemagne, Italie, Etats-Unis, Russie) et dans beaucoup d’autres pays africains, latino-américains ou asiatiques sans parler des « révolutions arabes » dont on ne saurait malheureusement encore dire ce qu’il en sortira au bout du compte. Dans les pays riches où la démocratie est bien installée et où la richesse est considérée comme un droit acquis, le peuple, abusé par les bons pasteurs de la complainte permanente et de l’assistanat généralisé, se plaît à changer de gouvernement dès que ce dernier lui demande quelque effort sans même parler de sacrifice.

La gauche toute confite en bien-pensance, ne peut pas mettre en œuvre les recettes-miracle qu’elle fait miroiter avant chaque élection, et la droite, paralysée à l’idée de « mal-penser », n’ose pas appliquer ses contre-recettes à savoir une refonte en profondeur du système économique et social du pays. Et les gouvernements passent de gauche à droite puis de droite à gauche … et la réforme attend tandis que le monde avance !

Les journalistes alors, se mettent à frétiller dans les eaux saumâtres du marais politique et perdant eux-mêmes leurs repères après les avoir fait perdre au peuple, ils s’égarent dans la dérision et le détail. Leurs humoristes, plus ou moins doués, subtils ou pesants, envahissent radios et télévisions consacrant ainsi la déliquescence éditoriale des medias. Ils rejoignent alors nos chers intellectuels dans le monde de la parole où il n’y a jamais de sanction à la légèreté ni à l’irresponsabilité.

La crise cependant, a cela de bon que les gouvernements maintenant, ne peuvent plus reculer devant « la réforme » et notre petit-bourgeois réticent est obligé de s’incliner car le monde n’attend pas. On peut désormais espérer faire mentir Jünger et au-delà de sa critique du petit-bourgeois médiocre, égoïste, peureux, râleur, vindicatif et inapte aux grandes choses et aux grands sentiments, faire de notre moderne « bobo » un européen responsable et capable de sublimer sa civilisation en la portant en tête du mouvement général de renouveau des civilisations du monde.

 
 

Chapitre 2 :  UNE CRISE SALUTAIRE  ….  pour oser marcher droit vers l’Europe-puissance


La Conférence de Copenhague sur le climat a été emblématique de l’état actuel des relations Nord-Sud … tous doivent se débarrasser de leurs complexes pour voir l’avenir de façon plus constructive . 

Les pays développés ont été sommés de reconnaître leurs responsabilités dans l’accumulation passée des gaz à effet de serre mais le problème majeur est l’accumulation à venir dont les pays en développement seront naturellement les premiers responsables. Faisons-leur observer par ailleurs, que dans un monde désormais clos où il n’y a plus d’échappatoire vers d’autres continents, un développement juste et durable pour tous ne sera possible que grâce aux avancées scientifiques et techniques nées du « génie » européen. Le monde en développement en profite déjà depuis longtemps et le modèle européen sera la matière de base du modèle futur. Evitons dès lors, de rentrer dans des discussions byzantines sur les responsabilités, les devoirs et les mérites respectifs des uns et des autres mais assumons un partenariat équilibré pour construire l’avenir de l’humanité … et pour sauver le monde sans faire d’écologisme contre l’écologie !


La mal-gouvernance des pays aidés et le laisser-faire des institutions de coopération internationale faussent les relations de l’Europe avec le monde en développement … en finir avec l’assistantialisme mais pas de faux-partenariat ! 


Pour les élites du monde en développement, les trois quarts des pays du monde, le service de l’intérêt général et la bonne gestion des finances publiques ne sont pas leur préoccupation première. Les intérêts familiaux, claniques ou tribaux sont prioritaires car l’idiosyncrasie locale exerce une pression irrésistible sur l’individu.

Corruption et mal-gouvernance sont une faiblesse générale quel que soit le pays, du Mexique à l’Argentine, d’Afrique du Sud au Kirghizstan et du Maroc aux Philippines, quel que soit le régime politique et à tous les niveaux de la hiérarchie. A cela s’ajoutent, faute de compétence, d’expérience ou de rectitude, les choix erronés, démesurés, aventureux ou abusifs de politiques et stratégies de développement et d’investissement. Il est donc aberrant de la part des bailleurs de « laisser-faire » les élites qu’on qualifie abusivement de « partenaires ». Et pourtant, chacun sait bien que le développement n’est pas un problème d’argent mais essentiellement un problème d’homme, de gouvernance et de méthode !

Ces élites manquent à leur peuple et à leur mission. C’est mauvais pour le pays et dangereux pour le monde quand les populations en viennent à émigrer massivement pour survivre … ou lorsque les religions commencent à politiser leur message et à faire du prosélytisme social comme on l’a vu dans le monde musulman du Maroc à l’Indonésie sans oublier la Turquie dont la Commission voudrait tant qu’elle fît partie de l’Europe !!! On ne sait pas encore comment tourneront ces « printemps arabes ou islamiques »  tant célébrés par nos media et nos grandes figures démocrates.

Il faut donc construire un nouveau cadre de coopération, un véritable partenariat où le mot ne cache pas un simple abandon de pouvoir des bailleurs par le biais d’approches incontrôlables comme « l’aide budgétaire sectorielle ou globale » laissée en fait, à la fantaisie des élites locales. Dénonçons enfin, les illusions et l’hypocrisie des Accords de Paris, Consensus Européen et Accra Agenda qui sous prétexte de responsabiliser les « partenaires », demandent aux bailleurs d’aligner leur aide sur les politiques et les procédures de ces derniers alors qu’on sait d’expérience que seul un système strict de co-décision et co-direction est à même de les mettre en œuvre correctement lorsqu’elles existent !

Nos institutions de coopération internationale par leur laisser-faire et aussi par leur manque de courage politique, en viennent donc à tolérer la mal-gouvernance des pays que l’on aide. Elles sont responsables et coupables du mauvais usage des fonds qui leur sont confiés !

L’Europe, Commission et pays-membres réunis, est le premier donateur d’aide au monde et la Coopération européenne reste incapable de prendre le « leadership » politique et technique de la coopération internationale. L’aide des pays-membres reste trop dispersée et la Commission n’ose pas. Le récent projet de Livre Vert ni la Communication de la Commission du 13 Octobre 2011 sur la politique de développement de l’Union ne feront croire que la Commission a une politique dans ce domaine. On a là, le même schéma que celui qui a contribué à la naissance de la crise dite de l’euro : dispersion de l’autorité, pusillanimité et laisser-faire de la Commission, absence de politique commune, incapacité de réaction immédiate à l’évènement. Les Chefs d’Etat ont pris les choses en mains pour l’euro mais en matière de coopération au développement, l’aboulie de la Commission continue de bloquer toute réforme de fond et la condamne à l’inefficacité. 

 

Pourquoi la crise ? … un long voyage en irréalité ! ni Marx ni Friedman ni même Saint François, idéologie et sensiblerie empêchent de voir l’essentiel … penser grand au lieu de penser faux . 

 
Ne cherchez pas les fauteurs de crise. Nous en sommes tous responsables par notre frénésie de « toujours plus » social et par notre gloutonnerie individuelle à crédit autant que par le laxisme de nos Etats en la matière ! La facilité et l’égocentrisme se sont mis à régner sur les esprits en vertu du processus de déresponsabilisation de l’individu initié par nos faux-penseurs et intellectuels germanopratins dont les élucubrations socio-politiques ont été reprises dans les slogans imbéciles de Mai 68 en même temps qu’elles contaminaient l’école et par elle, toutes les nouvelles générations. Il devenait légitime de laisser à la société et à l’Etat, la responsabilité de tout ce qui était « moche » et de s’indigner en toute bonne conscience que la réalité ne soit pas comme dans les rêves. Ainsi est né ce débordement confus de bien-pensance qui, mélangeant les restes des idéologies défuntes et l’avalanche compassionnelle pour toutes les misères du monde, nous conduit à exiger de l’Etat et de la société qu’ils les prennent en charge sans que nous ne nous en sentions personnellement le moins du monde responsables. Le bien-pensant alors devient « bobo ».

La crise cependant, nous rappelle la nécessité de l’effort et du caractère face à l’adversité en pointant que ce qui ne va pas, n’est pas nécessairement « la faute des autres ». Or face à la crise, que fait-on ? on s’indigne, on criaille, on râle et nos bien-pensants poussent la jeunesse dans la rue pour réclamer toujours plus de « cocooning » et d’assistanat au lieu de lui montrer pourquoi et comment il faut se battre. Les « indignés » ont trouvé leurs grands prêtres qui reprennent tous les poncifs de la gauche humanitariste et poussent leurs ouailles à la complainte, à la morosité et à la désespérance au lieu de les mobiliser pour l’action.

La réalité économique n’obéit ni aux idéologies ni (malheureusement !) aux bons sentiments. Rêve et sensibilité peuvent guider le cœur de l’homme d’action à condition de ne pas les confondre avec utopie et sensiblerie. Belles âmes et grands esprits semblent oublier que « l’action, ce sont des hommes au milieu des circonstances » mais pour cela, De Gaulle conseillait d’aller sur les hauteurs plutôt que se perdre dans les fausses profondeurs des discours confus !   

 
 

Les problématiques des Etats, les relations de puissance et l’équilibre du monde


 
La France se reprend après des années de laisser-aller, de laxismes accumulés et d’inertie face aux réformes nécessaires. Elle s’efforce de réduire les dépenses publiques sans casser la croissance et d’adapter son système économique (flexibilisation/sécurisation du binôme temps de travail-emploi) et son système de protection sociale qui, devenus trop rigides, handicapent lourdement la compétitivité de notre économie. Promotrice du serpent monétaire, précurseur de la monnaie commune, elle réclame depuis longtemps au niveau de l’Eurogroupe, un « gouvernement » ou au moins une coordination économique plus étroite que ses partenaires et en particulier l’Allemagne hésitaient à approuver par peur de froisser les « non-euro » sous prétexte que l’Europe devrait se faire à 27 !

L’Allemagne se veut vertueuse depuis ses courageuses réformes des années 2000-2005 et il a fallu beaucoup la bousculer pour qu’elle accepte de jouer le jeu de la solidarité avec ses partenaires et clients. Elle n’a encore de l’Europe qu’une vision trop étroitement économique et il faudra le plus rapidement possible l’accompagner et la conforter sur la voie de l’Europe-puissance. Le militaire et le nucléaire sont aussi des points faibles qui, à l’instar de sa phobie de l’inflation et de son obsession monétaire, tiennent à ses malheureuses expériences du siècle passé.

En Grande Bretagne, le choc de l’austérité est rude après l’addiction à un libéralisme économique et financier débridé. La vision européenne de ses dirigeants reste malheureusement beaucoup trop courte. Ils restent centrés sur leur « boutique » financière et hésitent toujours entre l’Europe et le grand large sans bien se rendre compte que nous ne sommes plus au 19è siècle ! Sur le plan militaire, la Grande-Bretagne à l’opposé de l’Allemagne, reste le plus sûr soutien potentiel de la France mais dans la seule mesure malheureusement, où les intérêts britanniques seraient directement en jeu. La Grande-Bretagne en effet, a encore peur de la conception française d’une Europe-puissance qui serait autonome dans ses choix politiques et bien évidemment dans ses choix de défense et de sécurité.

Les autres pays européens ne peuvent qu’attendre ou suivre les plus grands : certains sont en avance (les sages pays du Nord), d’autres doivent se reprendre énergiquement (quelques pays du Sud), les derniers arrivés doivent « se mettre à niveau » (ceux de l’Est).

Le premier défi du G 20 est de conduire le rééquilibrage des forces pour un développement durable dans un monde désormais clos et celui de l’Europe est de s’organiser pour y participer activement : régulation des flux commerciaux et financiers, recentrage du développement des « émergents », assagissement de la boulimie de crédit euro-américaine, transition et adaptation du modèle socio-économique européen en attendant le rééquilibrage des conditions de compétitivité, prise en compte des contraintes environnementales et des disponibilités de ressources naturelles pour conduire le développement futur.

 

L’Europe doit se ressaisir, abandonner ses peurs, taire ses pudeurs, remettre ses économies en ordre et adapter son modèle socio-économique pour affronter le nouvel équilibre des forces


L’Europe doit enfin trouver le chemin d’une Europe forte et décidée. Lassée des « turqueries » de l’élargissement, elle doit « cesser d’ergoter, adapter son modèle, définir des politiques communes au sein d’un noyau dur et ouvert et aller de l’avant sans attendre les hésitants ni les mous … ». Mener une grande politique étrangère, c’est en avoir les moyens mais aussi la volonté

Elle doit au préalable, se guérir de ses pudeurs et de ses peurs injustifiées. Cesser de faire des complexes du passé colonial alors que le monde en développement lui est redevable de son développement actuel à la mesure des acquis intellectuels et techniques qu’elle lui a transférés et qui permettent maintenant à certains pays émergents de se poser en concurrents redoutables. Que nos Commissaires renoncent à leur folle rigidité dans l’application des principes du libre-échange au détriment des entreprises européennes, tout en hésitant à exiger des autres qu’ils appliquent les règles de base de la concurrence. Le temps n’est plus où l’on pouvait pratiquer un généreux laisser-faire. La Commission ne peut plus se permettre de jouer ainsi contre son camp, elle doit savoir dire « non » et montrer plus de fermeté en matière de commerce comme dans ses actions de coopération. Elle n’en sera que plus respectée et plus forte. 

L’Europe doit ménager avec ses partenaires mondiaux, une période de transition vers un niveau acceptable de convergence des conditions de la concurrence économique, sociale, environnementale, financière et monétaire. Elle doit pour cela adapter son modèle d’économie de marché régulée et de protection sociale avancée pour le rendre compatible avec le rééquilibrage économique en cours au niveau mondial. Du côté des « pays-usine », le renchérissement inéluctable de leurs coûts salariaux et sociaux y participera en diminuant la pression en faveur de la délocalisation de certaines activités et en rétablissant progressivement le niveau de compétitivité des produits européens. C’est ainsi que l’équilibre a été rétabli entre les économies européennes et japonaise dans les années 80-90 lorsque cette dernière faisait si peur à l’Europe. Celle-ci est le premier marché du monde, elle a donc des arguments qui l’autorisent à montrer plus de fermeté et à exiger le respect de normes raisonnables de compétition. Elle n’en obtiendra que plus de considération de ses partenaires et de meilleurs résultats dans ses négociations au sein du G 20. L’Europe a les moyens d’une grande politique, encore faut-il qu’elle en ait la volonté !

Elle doit enfin et durablement, remettre en ordre ses finances publiques et ses trésoreries privées pour faciliter l’harmonisation des conditions de la compétition mondiale. Améliorer drastiquement la productivité des services publics tout en sériant profondément l’organisation et la gestion du système de protection sociale. Ils pèsent en effet, lourdement sur le niveau de compétitivité global de notre économie et il est impératif de les gérer au plus près. Il faut aussi mettre un terme à notre gloutonnerie à crédit de produits importés le plus souvent de piètre qualité et acheter en échange des produits de meilleure qualité … et tant mieux si ces produits sont fabriqués en Europe permettant ainsi d’y préserver voire y redéployer l’emploi. Le sur-consommateur européen dans sa frénésie d’achat a oublié qu’il est aussi son propre donneur de travail et il doit prendre conscience qu’il est contradictoire de vouloir se goinfrer de gadgets à bas prix et se plaindre en même temps de l’emploi et du pouvoir d’achat !

 

La « crise » comme accoucheuse de l’Europe ? … recadrer le Léviathan institutionnel pour que les gouvernements et les peuples qui le veulent puissent enfin décider que l’Europe soit !


Blocage politique américain, atermoiements européens … la dérive de la crise bancaire vers les dettes publiques de la zone euro, oblige les Etats à coordonner leurs politiques économiques en un « gouvernement économique » cohérent. La Commission à « 27 » n’est pas juridiquement, institutionnellement ni politiquement, en mesure de jouer ce rôle malgré la fière déclaration de son Président à la tribune du Parlement Européen en Septembre 2011. Les Chefs d’Etat (ou de gouvernement) et d’abord ceux de France et d’Allemagne, sont évidemment les seuls à avoir la légitimité nécessaire pour s’engager au nom de leur peuple et à posséder une crédibilité et une réactivité suffisantes pour négocier avec les Chefs d’Etat des autres puissances, notamment avec leurs partenaires du G 20. La Commission peut certes aider dans les domaines « communautaires » où les traités lui ont délégué une certaine compétence, mais elle ne peut prétendre être ni même devenir le « gouvernement économique » de l’Europe dans le cadre institutionnel actuel.

La primauté des Chefs d’Etat apparaît plus évidente encore lorsque, au-delà de la sphère économique, on traite de l’Europe politique, de la guerre ou de la paix. Tchad, Côte d’Ivoire, Libye, … comme pour la crise des dettes et de l’euro, la France est de plus en plus sollicitée ou obligée de prendre des initiatives fortes pour le compte de l’Europe. Dans le demi-siècle qui vient, ce sera probablement le destin de la France que de reprendre son rôle séculaire de puissance-pivot en Europe.  L’histoire et la géographie y tendent naturellement ainsi que l’évolution de la démographie française par rapport à celle des autres pays européens. La dilution de l’Europe dans une zone de libre-échange et de coopération de basse intensité avec une Commission et un Parlement plus préoccupés de problèmes d’administration et de règlementation que de politique et de stratégie face au reste du monde, n’est plus acceptable. La preuve est faite que seuls les Chefs d’Etat peuvent faire avancer les choses vers l’Europe-puissance du futur. Il faudra donc revoir profondément les institutions ou mieux, en créer de nouvelles pour accompagner le processus d’intégration à partir du « noyau dur » !

 

« L’Europe c’est la France et l’Allemagne, … unies elles feront l’Europe, désunies elles sombreront avec elle ! ».


De Gaulle le disait déjà à Adenauer lors de la signature du Traité de l’Elysée en 1963. Nous y arrivons enfin en 2012 cinquante ans après ! Faire l’Europe à 27, c’était du rêve. La Commission et le Parlement peuvent continuer à s’occuper dans ce cadre, des domaines où ils sont compétents mais le bon sens veut que l’Europe réelle se fasse à partir du « noyau dur ». La nécessité de cohérence nous ramène au niveau de l’Eurozone à « 17 » pour agir efficacement. Le compromis franco-allemand du 5 Décembre et l’accord du 6 décembre 2011 font la part des préoccupations ou obsessions des uns et des autres et consacrent l’acceptation d’une discipline budgétaire rigoureuse en échange d’une solidarité sans faille entre les membres de la zone. Le noyau dur devient le moteur de l’intégration et la règle de l’unanimité n’est plus ! La réalité des évènements impose des décisions rapides à la majorité étant entendu que la France et l’Allemagne doivent logiquement détenir un pouvoir de veto de droit ou de fait . Une réflexion institutionnelle sérieuse devra plus tard prendre le relais pour une avancée ultérieure vers un véritable Etat européen des pays qui le sentiront et le voudront ainsi. 

 

Pour en finir avec la crise et faire l’Europe


 Malgré les hésitations, scrupules et contraintes du gouvernement allemand, depuis la première alerte grecque de 2010 jusqu’aux menaces de « dégradation » des pays de la zone euro en 2011, un accord a été trouvé faisant la synthèse du nécessaire et du possible. Il consacre un juste équilibre entre l’impératif de discipline budgétaire et de rigueur de gestion au niveau des Etats et la nécessité de mettre en œuvre des mécanismes adéquats d’intervention solidaire au niveau de la zone euro à commencer par ceux de la Banque Centrale. Aussitôt, le chœur des pleureuses a entonné le refrain de la souffrance des peuples et distillé la musique du soulagement des misères du monde par l’addiction aux dépenses publiques et la facilité politique. A les entendre, il faudrait renégocier l’accord du 9 Décembre, relancer la croissance en faisant payer les riches et les entreprises, contrôler l’action des banques, fermer les frontières, interdire les licenciements, etc … bref, pour les plus gauchisants revenir à l’économie administrée et aux « recettes » anti-compétitivité des gouvernements français de 1981 ou 1997 et pour les autres, en particulier le parti socialiste et son candidat à l’élection présidentielle, tout faire pour éviter les réformes structurelles douloureuses tout en promettant au peuple que les mesures désagréables ne toucheront que les « riches » ! A l’exemple du « ni-ni » mitterandien de 1988, nos « pleureuses » se réfugient dans l’immobilisme bien qu’ils sachent pertinemment que ce ne sera pas tenable ! Cette irresponsabilité politique et ce manque de vision pour la France et pour l’Europe, sont consternants ! Nous nous refusons à croire que cette manière de caresser la veulerie de notre petit-bourgeois national, soit la bonne manière de parler aux français !

A l’opposé, les gouvernants doivent tenir bon et approfondir la convergence économique et fiscale des pays du « noyau ». Le but est d’atteindre un niveau suffisamment homogène de qualité dans la gestion des finances publiques et du système de protection sociale permettant de moins peser sur la compétitivité d’ensemble de l’économie européenne. En parallèle avec l'assainissement du secteur public, il faut fournir  au secteur privé le cadre juridique d'une plus grande flexibilité en matière de production et de temps  de travail en échange d'une plus grande sécurité de l'emploi. Le gouvernement allemand l'a fait  et le gouvernement français s'y emploie avec les partenaires sociaux en même temps  qu'il poursuit ses efforts en direction des petites et moyennes entreprises, de la recherche-innovation et des secteurs stratégiques.

Enfin, pour faciliter ce redressement et éviter le retour des tensions actuelles une fois le redressement effectué, il faudra assouplir les contraintes institutionnelles et en particulier élargir l’éventail des missions et des moyens d’intervention de la Banque Centrale et des mécanismes communs de stabilité et de régulation.

C’est certes, la vision française mais il est nécessaire que l’Allemagne désormais assurée du « sérieux » de la gestion de ses partenaires, adopte enfin cette vision, et au-delà, celle d’une Europe-puissance capable de décider par elle-même pour prendre sa part de l’avenir du monde.

Les dix prochaines années vont être cruciales pour la construction de l’Europe d’où l’importance que les peuples ne se trompent pas dans leur choix et ne mettent pas à la tête des Etats, en particulier en France et en Allemagne, des hésitants ou des mous mais des hommes capables de décider et « d’agir au milieu des circonstances » … jusque dans les tempêtes.