La civilisation européennne a bouleversé l'ordre du monde



La civilisation européenne a bouleversé l’ordre du monde … le progrès de l’homme doit être repensé dans un espace désormais clos qui cherche un nouvel équilibre

 

L’Europe est née en Méditerranée il y a trois mille ans. Elle s’est tissée de flux et de reflux séculaires mêlant intimement les civilisations des deux rives de la Méditerranée jusqu’à la chute de l’Empire romain. Les conquêtes arabes et l’islamisation des territoires conquis ont brusquement fermé l’espace sud-méditerranéen à partir du septième siècle forçant l’Europe à se replier entre Méditerranée et Mer du Nord et la conduisant du même coup, à consolider son nouvel être issu du mélange des anciennes populations celtes de culture gréco-romaine et des peuplades franques ou saxonnes plus récemment installées.

Les dix siècles de Clovis à la Renaissance, ont vu naître l’Europe moderne, lente maturation faite de conflits internes nés du partage de l’Empire de Charlemagne, de querelles de suzeraineté et de guerres extérieures (les Croisades et la Reconquista) mais aussi d’échanges culturels et commerciaux maintenus avec l’orient méditerranéen (Charlemagne et Haroun el Rachid, François Ier et Soleiman, Venise, Amalfi, Gênes, Cordoue, … et la voie byzantine). Elle a progressivement affirmé sa volonté de puissance et son esprit de progrès en mettant au point les instruments de sa domination intellectuelle, scientifique, technique, économique et militaire sur le reste du monde.

Une phase s’achève maintenant après cinq siècles d’une domination sans partage qui s’est progressivement estompée au cours du siècle passé. Le reste du monde en commençant par les Etats-Unis, a en effet accaparé puis développé à son propre compte, les avancées scientifiques, techniques et socio-politiques européennes, grâce auxquelles il est devenu capable de faire face au défi parallèle de sa croissance démographique. On assiste donc à un nouveau bouleversement séculaire des rapports de force qui voit naître ou renaître d’autres grands pôles mondiaux de développement. L’Europe du XXIè siècle doit donc s’organiser pour y faire face. Les pays européens en effet, la France, l’Angleterre ou l’Allemagne au premier rang, ne pourront plus se permettre d’agir seuls et chacun pour son compte mais devront s’ils veulent continuer de peser sur les affaires du monde, agir en tant qu’Europe constituée en puissance …. Et cela change tout dans le rapport des forces à venir ! Les anciennes puissances européennes auront individuellement perdu de leur influence relative mais l’Europe nouvelle en tant qu’Europe-puissance, restera incontournable dans le monde de demain … si tant est qu’on ait la volonté de la faire !

 

En réalité, le monde est d’une certaine manière, en train de revenir à l’équilibre antérieur à la Renaissance où les empires chinois, indiens, européens, proche-orientaux, inca, maya ou aztèque naissaient, croissaient et mouraient en n’ayant pas ou très peu de contacts extérieurs (seules les civilisations du pourtour méditerranéen ont eu des rapports culturels, commerciaux … et conflictuels assez continus). Aucun ne dominait vraiment et le niveau culturel et technique était pratiquement le même partout. Le monde multipolaire qui se dessine sera au contraire extraordinairement ouvert et interdépendant mais à l’instar de l’ancien, le nouvel équilibre ne devrait pas a priori consacrer de domination d’un pôle sur l’autre car les niveaux respectifs de connaissance scientifique et technique, et les niveaux de puissance qui en découlent, seront redevenus semblables bien qu’à une toute autre échelle après l’essaimage européen des derniers siècles. Le niveau de culture et d’humanisme sera quant à lui, ce que l’humain « mondialisé » ou « interculturisé » en fera !

 

Karl Marx et Adam Smith se sont trompés l’un comme l’autre ! La science et la technique pas plus que le capitalisme n’ont paupérisé le monde. Ils lui ont au contraire, permis de faire un bond en avant dans le bien-être matériel qu’aucun des millénaires antérieurs n’aurait pu même imaginer.

Ils ont en revanche, rompu l’équilibre démographique du monde ancien en améliorant l’état de santé général de la population au point de la voir quintupler dans les deux derniers siècles.

L’Europe aurait-elle dû s’abstenir de créer cette « civilisation de progrès » et d’en répandre partout les bienfaits comme les malheurs ? Aurait-elle dû laisser les peuples du monde à leur « état naturel de bon sauvage » ? Est-ce un bien comme le pensent les progressistes ? Est-ce un mal comme l’affirment les tenants du Club de Rome et maintenant, les « écolos-décroissants » ? Est-ce tenable comme l’espèrent les défenseurs d’une croissance durable ? Les philosophes et sociologues en disputeront mais le mouvement est désormais en marche et il emporte le monde dans son tourbillon.

 

Toujours est-il que le sort matériel des populations européennes n’a cessé de s’améliorer depuis la guerre et celui des populations du tiers-monde n’a pas empiré malgré leur quadruplement ou quintuplement. Mieux encore, certains pays émergents progressent à grande vitesse devenant de redoutables compétiteurs pour nos productions et au-delà, pour l’utilisation des ressources disponibles d’un monde désormais clos. Ceci pose bien évidemment, des problèmes géostratégiques importants et génère des risques majeurs de concurrence voire de conflit entre puissances ainsi que l’obligation de faire des choix d’adaptation du modèle de développement que l’Europe a répandu sur la terre. Voilà le défi que cernent très mal nos intellectuels avec leur prédilection pour le « conceptuel » trop loin des nécessités de l’action, nos économistes avec leurs modèles trop macro et trop économiques et nos socio-penseurs avec leur attirance pour le trop micro et le trop social .

Ce modèle a permis un enrichissement tel des populations européennes et occidentales en général, qu’elles peuvent consommer comme jamais et bénéficient d’une protection sociale sans précédent (éducation, santé, chômage, retraite, vieillesse et coups du sort) à laquelle les étrangers immigrés, même illégaux, ont également droit. Notre société n’est plus faite de castes ni de classes mais est devenue dans sa masse, une société de petits bourgeois  que leurs gouvernants ont bien du mal à pousser vers la grandeur depuis que leur enrichissement leur permet de se laisser aller à leurs défauts : peur de prendre le moindre risque, peur du changement, peur de perdre ses « avantages acquis » (en fait acquis par l’effort des générations précédentes), individualisme farouche et peur de l’« autre » qu’on masque par un angélisme béat, une avalanche de bons sentiments et une extrême sensibilité aux modes et poncifs socio-culturels récurrents (les pauvres, les immigrés, les minorités en tout genre, les Droits de l’Homme invoqués à toute occasion sans bien sûr, jamais évoquer les Devoirs qui y sont liés, …), peurs millénaristes (dénigrement du progrès, climat, nucléaire, etc…), égalitarisme jaloux du succès des autres,  récrimination et complainte à propos de l’emploi, du pouvoir d’achat, de la sécurité, etc … , engouement pour la fonction publique (et son « statut ») comme horizon indépassable de l’ambition de nos jeunes et de leurs parents (voir les sondages parus à ce sujet) !!! , etc, etc…

De ce petit-bourgeois européen, on ne saurait dire quel est le plus détestable : le français, l’anglais ou l’allemand ou plus généralement le latin ou le nordique ? Toujours est-il que c’est cette matière-là que nos gouvernants auront à travailler. Souhaitons-leur beaucoup de courage et d’esprit de responsabilité !

Ce comportement de peur et de refus du combat commence précisément à régner au moment où la pression du monde extérieur oblige la société européenne à s’adapter d’urgence pour être plus efficace sous peine de faillite de nos entreprises, de chute de l’emploi, de ruine de la protection sociale et de submersion de nos pays par les produits du monde en développement voire par leurs populations beaucoup plus dynamiques et volontaristes.

La richesse est un bienfait mais elle peut être aussi le début de la décadence si elle incite à la facilité et au repli égocentrique. Il faut donc arrêter de sacrifier au négativisme qui enfonce la jeunesse dans la morosité et dans une indignation stérile comme le font nos faux-penseurs à travers leur caisse de résonance médiatique … l’aider au contraire, à reprendre confiance et aller sur les hauteurs pour mieux comprendre ses faiblesses car les échecs ne sont pas nécessairement « la faute des autres » ni celle de la société ou de l’Etat ! La responsabilité s’apprend à condition qu’on veuille bien l’enseigner au lieu de la nier comme l’ont fait inconsidérément nos penseurs, philosophes et pédagogues des dernières décennies.