Les intellectuels n’ont pas nécessairement l’intelligence du monde



Les intellectuels n’ont pas nécessairement l’intelligence du monde … ils sont dans la parole et pour l’action, ils laissent les risques à d’autres ! … à nos modernes sophistes, on devrait donner la ciguë ! Qu’ils aillent donc sur les hauteurs et pensent grand au lieu de penser faux 

Déjà avant la guerre et pire encore depuis, la plupart de nos grands penseurs, philosophes, sociologues, écrivains, vulgarisateurs et artistes,  passés ou non par Normale Sup, habitant ou non du côté de Saint Germain des Prés, ont mis une vie entière à reconnaître les lubies, turpitudes et crimes du communisme qu’ils tenaient pour l’horizon indépassable de l’évolution de la société (« l’illumination sartrienne » après la « gidienne » !). Les séquelles de cette épidémie de penser-faux sont encore si fortes que personne ne leur rappelle que le fascisme mussolinien ou le nazisme allemand n'ont existé qu'en réaction contre les menaces et tentatives de prise de pouvoir des communistes dans divers pays d'Europe après la première guerre mondiale et la révolution russe. Si on y ajoute les déviances du maoïsme chinois ou du communisme vietnamien ou cubain, le génocide cambodgien au nom de l'homme nouveau et les dérives maoïstes et trotzkistes de toutes les révolutions du monde, on comprend que le marxisme aura été le grand malheur du 20è siècle, ses "praticiens" la plus grande engeance criminelle de l'histoire et ses admirateurs et "compagnons de route" les plus remarquables crétins du monde !

Voyant venir l'échec, nos intellectuels se sont alors efforcés d'y échapper après la dernière guerre, en créant quelques avatars du marxisme au confluent du freudisme et des échafaudages "structuralisants" et (dé-) contructivistes. Puis, pour mieux se "dédouaner", ils ont plongé dans l’excès de tolérance,  l’indignation démocratique, la compassion et la repentance sur tous les sujets sociétaux qu’ils avaient mal appréhendés ou niés à travers le corset du marxisme appliqué et des substituts qu’ils s’étaient efforcés de lui trouver. Ils étaient très doués pour la ratiocination et les analyses au long cours des concepts les plus théoriques et des « démarches artistiques» les plus farfelues (Duchamp, Sartre, Althusser, et tant d’autres en France, en Europe et aux Etats-Unis ont mené ce glorieux combat !).  Mais ils se sont tous révélés fort peu inspirés dans la recherche de solutions pratiques aux problèmes du monde réel. On admire certes, leur brillante mécanique intellectuelle ou leur extrême sensibilité artistique mais on reste pantois devant leur manque d’intelligence du monde.  Ce fut un jeu indigne de leur part car ils ont fait perdre leur temps à des générations de jeunes gens qu’ils ont trompés sciemment … ou alors, ils n’étaient que des imbéciles, inconscients de ce qu’ils faisaient !

Comment  ne pas s’indigner ? ! Nos intellectuels des différents Saint Germain des Prés européens  ont ouvert la voie de la déresponsabilisation de générations de jeunes gens à qui l’on a appris à penser faux, en leur faisant croire qu’ils  avaient des droits sans leur parler des devoirs et en les incitant à tout attendre de la société plutôt que de leur propre effort comme si cela leur était dû : dans Paris en effet, résonnaient alors le cri sartrien « l’enfer, c’est les autres », celui des accouchements douloureux de nos philosophes de la Rue d’Ulm des année 60 et 70 à la recherche des avatars du marxisme et du freudisme, les craquements des échafaudages « structuralisants » des penseurs de nos Ecoles en Sciences Sociales ou encore les clameurs des grandes consciences de la bourgeoisie germanopratine, judiciaire, enseignante, politique  ou journalistique. Tous criaient leurs passions pour le social et le sociétal oubliant qu’une société n’est pas faite que de social ou de sociétal et négligeant le reste par lequel on pourrait précisément assouvir ces passions !

Ils ne pensaient que d’un seul côté. Ces penseurs hémiplégiques en effet, considèrent avec enflure le premier terme de l’équation (le bonheur de l’homme) mais oublient le second (les voies et moyens de concrétiser ce bonheur). Et il serait évidemment trop trivial de leur demander de vérifier par l’action, la validité et la faisabilité de leurs bonnes pensées et de leurs généreux discours. C’est assez gênant quand on prétend penser la société car construire l’avenir du monde ne se fait pas seulement par le verbe !  A l’époque, il valait mieux bien évidemment, se tenir sur les hauteurs du côté de Camus, Malraux ou Aron que se perdre dans les profondeurs mal éclairées que fréquentaient nos faux-penseurs adonnés les uns aux utopies idéologiques crimiinogènes et les autres aux bons sentiments sans lendemain.  

Cette voie est devenue avec les élucubrations du printemps 68 (« il est interdit d’interdire », « jouissons sans entrave »), un flot destructeur dont les tourbillons se sont rapidement perdus dans les marécages d’une bien-pensance généralisée qui correspond parfaitement au profil égocentrique et mou de notre nouvelle société « moyenne ».

Les « penseurs » sont maintenant devenus des vulgarisateurs de la bien-pensance politique, sociale, sociétale et humanitariste, …  Ils maîtrisent parfaitement leur communication et utilisent les media à merveille. Quelques exemples significatifs et plus ou moins voyants dans la foule : l’un, philosophe de la nouvelle vague anti-stalinienne, a su très professionnellement faire valoir son activisme en Libye après avoir mené ses campagnes d’Afghanistan, de Bosnie, du Soudan et pondu une étude très tocquevillienne  de l’Amérique; l’autre débarquait avec des sacs de riz pour sauver les somaliens affamés après « avoir fait » l’Afrique, le Vietnam, et récemment le Quai d’Orsay, etc…  D’autres jouent les oracles, l’un reconverti en conseiller du prince, célébrant la mondialisation heureuse et se précipitant pour faire un livre dès qu’une idée volète dans l’air, l’autre, ancien conseiller d’un prince passé et brillant esprit  touche à tout, prédisant la ruine de l’euro et de l’Europe et accusant les Chefs d’Etat de manquer de vision pour n’avoir pas strictement suivi ses avis foisonnants et universels ; et tout cela alors que ni l’un ni l’autre n’ont véritablement prouvé la sagacité de leurs avis au cours de leur carrière de conseilleur ni l’efficacité de leur action quand il s’est agi pour eux d’aller sur le terrain plutôt que de discourir dans le domaine économique ou financier.

Les patrons d’ONG qui par définition, font le bien sans jamais faire de politique, excellent aussi dans cet exercice où le jeu  consiste à faire croire que l’exception est ou doit devenir la règle et qu’il est infiniment plus urgent de s’occuper des clientèles minoritaires qu’on fait longuement brailler dans les rues que de traiter convenablement  les problèmes de l’ensemble de la population … d’où l’attention quasi-exclusive portée aux questions « sociétales » (immigrés de préférence sans papiers, mal-logés qui sont malheureusement souvent les mêmes, homosexuel(le)s, intermittents du spectacle  dont c’est évidemment la vocation de se faire entendre même aux dépens du talent des autres, etc …). Et on mélange tout cela allègrement avec les habituelles manifestations très politisées contre le racisme, l’antisémitisme ou pour la Palestine, pour la défense des immigrés ou des sans-papiers voire même contre la pauvreté, le chômage ou pour le pouvoir d’achat ou plus osé encore, pour la « défense du service public » (pauvres personnels statutaires !) en prenant garde de ne pas trop se faire voler la vedette par les syndicats ou les partis de gauche traditionnels qui en profitent pour se montrer !

Sur ce front, les associations et ONG relais du Parti Socialiste  (SOS Racisme, Droit au Logement, Attac, UNEF, syndicats de lycéens, associations éducatives ou de parents d’élèves, de défense des immigrés ou des sans-papiers,  etc…) sont bien entendu en première ligne !

Et si l’on étend le spectre à l’international, on rencontre la même ardeur dans le prosélytisme politique et la « communication » de la part des ONG du type Greenpeace, Oxfam, Amnesty et beaucoup d’autres ONG anglo-saxonnes dont les obsessions très orientées sont bien connues et participent de la bien-pensance générale à la mode « libérale américaine »  c'est-à-dire horripilante de prétention, de bonne conscience et éventuellement, non dénuée de violence .

Nota pour ceux qu’offusqueraient les observations  précédentes : des ONG ou associations sérieuses existent qui ne font pas de politique et agissent sur le terrain de façon efficace pour remédier à toutes sortes de misères mais ce ne sont généralement pas celles qu’on a citées ! Elles se concentrent en général dans l’assistance  aux populations défavorisées dans  les pays riches (les pauvres et les quartiers dits « sensibles ») ou sur la problématique du développement des pays pauvres. Elles font ce qu’elles peuvent  même si  elles ont peu de moyens par rapport à leurs ambitions et si leur action ne  peut être de ce fait, que très ponctuelle et dispersée.

 

L’imprégnation intellectuelle du penser-faux et leur superficialité de jugement avait déjà poussé certaines belles âmes (et même quelques « résistants » authentiques) à se demander en 1958 si De Gaulle à son retour au pouvoir et bien qu’il eût déjà rétabli la République en 1944, ne risquait pas d’être « un peu fasciste » ! (« un militaire ! »). Au nom des bons sentiments et de leurs fantasmes (la démocratie et la République seraient à nouveau en danger !) , ils poussent maintenant une jeunesse gâtée et  « cocoonée »,  peu habituée à l’effort et à la rigueur, dans le sens de la récrimination généralisée, de la contestation et du relativisme (« tout se vaut /tous pourris ») au lieu de l’encourager à se prendre en mains avec courage plutôt que se plaindre de tout, à l’image de ses parents qui lui donnent le mauvais exemple depuis quarante ans. Ils participent ainsi à la perversion de l’esprit public alors que le combat qui nous attend, est le plus dur que l’Occident ait jamais eu à livrer !

Bref, à court d’idéologie, nos intellectuels sont un peu perdus et en viennent à diluer leurs bons sentiments dans l’égalitarisme compassionnel où les documents de programme du Parti Socialiste français, semblent également vouloir se fourvoyer avec une constance têtue dans le conformisme idéologique !  Peu importe qu’on sache pertinemment que l’égalité soit une vue de l’esprit et qu’elle ne puisse déboucher que sur le  totalitarisme et la pauvreté généralisée d’un système de type soviétique … ou d’un communautarisme pur comme dans les communautés autarciques des Andes ou d’ailleurs !

L’égalitarisme, une imbécilité bien-pensante à laquelle nos partis de gauche sacrifient à l’approche de chaque élection … une notion complice du pharisaïsme relativiste, pilier de la bien-pensance. Non ! Tout ne se vaut pas, par exemple certaines conceptions de l’humain sont acceptables et pas d’autres, « tout n’est pas de l’art » contrairement à l’affirmation du tourbillonnant Jack Lang qui reprenait  en la banalisant la provocation de Duchamp, certaines cultures bien sûr, ont plus marqué le monde que d’autres, etc… Les hommes, les cultures et les civilisations se situent donc à différents niveaux de valeur. Ils ne sont ni égaux ni semblables même si nos valeurs occidentales voudraient idéalement qu’ils le soient et qu’ils évoluent vers cet idéal.  Les capacités, le rayonnement, la puissance des uns et des autres n’ont pas été ni ne sont les mêmes dans le temps ni dans l’espace.  Le concept de « civilisation mondiale » est peut être ( ?) une belle utopie (à condition qu’elle garde sa diversité créatrice !) mais en attendant sa concrétisation, reconnaissons aux vrais pauvres, ceux du  tiers-monde, et à eux  seuls qui n’ont ni assurance-chômage, ni  sécurité sociale ni  retraite ni même  d’emploi régulier, le  droit de se plaindre … or ils ne se plaignent pas à la différence de nos « petit-bourgeois indignés » qui le font sans pudeur alors qu’ils ont tout cela et souvent même la garantie de l’emploi pour les plus revendicatifs d’entre eux !!!

 

Nos intellectuels ont apparemment du mal à se débarrasser des fausses idéologies et tournent en rond ! Beaucoup se lancent aussi dans la voie plus moderne du « durable » et de l’écologisme qui risque de devenir le nouveau totalitarisme de la bonne conscience (d’autant que la grande masse des troupes écologistes a été éduquée à l’école du gauchisme !). La « prêtrise » et la logorrhée des droits de l’homme sont aussi un débouché fructueux pour nos  intellectuels en recherche de vérité (de Dieu ?).

 

On aimerait donc que nos intellectuels continuent de consacrer leur vie à penser, et à ratiociner si bon leur semble. Qu’ils ouvrent de nouvelles voies à l’art, à la littérature, à la poésie et à la philosophie comme l’ont fait certains de ceux que nous avons cités plus haut.  Ils aident en cela les hommes à se sublimer et ne font de mal à personne ! Mais de grâce, qu’ils s’abstiennent de s’occuper de politique et qu’ils évitent ce sujet dans les medias … même si on leur demande leur opinion.

Ce faisant, ils ont fait trop de mal qu’il s’agisse des socialistes qui ont viré au communisme ou au fascisme avant et pendant la guerre, qu’il s’agisse des « compagnons de route » ou des grands élucubrateurs crypto-révolutionnaires d’après-guerre, de Sartre à Billancourt, Althusser à Normale, Foucault à Vincennes (la révolution est-elle toujours nécessaire ? et vive la « révolution » iranienne !) en passant par les maoïstes mondains à la Sollers et les jeunes bourgeois soixante-huitards de Nanterre ou de la Sorbonne, sans parler des politiciens égarés par l’erreur ou la vanité comme Mendès-France et Mitterand à Charléty ni des « saltimbanques », permanents ou intermittents du spectacle, qui ont presque tous trouvé et trouvent toujours plus chic de faire allégeance au gauchisme … et tant d’autres faussaires qui croyaient avoir une pensée politique et n’avaient en fait, que des idées farfelues.

Ils ont entraîné des millions de jeunes gens dans leurs erreurs, parfois  jusqu’au crime au nom d’idéologies fumeuses et de révolutions ratées … et cela sans même s’en excuser parce qu’ils l’ont fait, ont-ils dit, pour ce qu’ils croyaient être la bonne cause !

Non seulement ils se sont trompés mais ils se sont aussi montrés hypocrites et intellectuellement malhonnêtes ! Simone Weil si elle les avait connus et malgré sa propension au pardon qui élève l’âme, aurait peut être dit d’eux qu’ils ont été plutôt aspirés par la pesanteur que sublimés par la grâce.

 

Reconnaissons-leur cependant, d’avoir été les pères fondateurs de la nouvelle doxa bien-pensante dont les sectateurs constituent maintenant une immense cohorte, celle des « obsédés des droits à … », des défenseurs des minorités de toute sorte, des grandes âmes de la gauche enseignante et judiciaire, des bobos « people » et journalistes, etc…

Leur immense succès est d’avoir réussi à « libérer » notre jeunesse c'est-à-dire à la déboussoler et à la paumer ! … désarroi, morosité, inconsistance de la pensée et incontinence des appétits règnent sur notre nouvelle société de petit-bourgeois nouvellement enrichis ! Deux générations maintenant, ont été imprégnées de leurs discours débilitants que reflètent les sondages mesurant le degré de confiance en soi, d’espoir en l’avenir et d’esprit de combat de nos jeunes et de leurs parents !  Nos sophistes ont réussi la dé-construction ! … et maintenant quoi ?

 

Sur ce terreau en effet, est né le petit bourgeois européen égoïste, peureux, jaloux de ses avantages mais plus encore des avantages des autres, vindicatif et volontiers autoritaire lorsqu’il s’agit d’imposer sa façon de voir (ex : les diktats de l’écologisme !) mais plein de compassion pour toutes les misères du monde et se voulant généreux, surtout avec l’argent des autres (forcément suspect !) ou celui de l’Etat, bref, le « bobo » moderne tel que Nietzsche, Jünger et d’autres l’avaient anticipé sans même évoquer la « querelle gaullienne de l’homme, la seule qui vaille » … mais ce n’était pas du même « homme » dont on parlait !

 

Il serait donc temps de revenir sur terre et de ne plus s’abîmer dans l’apitoiement permanent en mêlant  bons sentiments et politique, compassion pour le malheur  de quelques-uns et développement de la société dans son ensemble. Il y a en effet, d’un côté, les intérêts supérieurs d’une société, d’un pays, d’une nation ou d’un continent ( l’Europe parbleu !) et de l’autre,  des cas spécifiques que l’on doit certes, traiter du mieux possible mais qui ne sauraient justifier qu’on fasse prévaloir le particulier sur l’intérêt général au risque de compromettre le devenir de l’ensemble. L’Europe a un combat difficile à mener face aux autres puissances et au monde en développement qui nous bouscule et ce n’est pas de la complainte des malheurs particuliers qu’on fera le bonheur et l’avenir de nos peuples.

Revenir sur terre devient vital car notre petit bourgeois européen est en danger. Il est en train de s’éveiller de la rêverie dans laquelle nos hypnotiseurs l’avaient plongé. Il commence à prendre conscience que nos prophètes des cinquante dernières années lui ont menti et qu’il va devoir très vite c'est-à-dire à l’échelle de la génération actuelle, se secouer, faire preuve de créativité et s’adapter face à la compétition des autres peuples du monde. C’est donc un crime contre l’esprit que de continuer à tromper les jeunes en les encourageant au conservatisme social et au maternage « assistantialiste » comme s’évertuent à le faire nos modernes sophistes que l’intelligence du monde n’a toujours pas  éclairés, relayés par les politiciens du laisser-faire qui préfèrent le confort immédiat du laxisme social aux exigences à plus long terme de l’effort individuel et national.