L’Europe doit abandonner ses peurs et adapter son modèle



L’Europe doit se ressaisir, abandonner ses peurs, taire ses pudeurs, remettre ses économies en ordre et adapter son modèle socio-économique pour affronter le nouvel équilibre des forces

 

L’Europe doit enfin trouver le chemin d’une Europe forte et décidée

Entre le libéralisme forcené de certains y compris la Commission elle-même, la vertu monétaire obsessionnelle des autres et le comportement trop dépensier des derniers, va-t-on pouvoir trouver un chemin commun ? Le rapprochement des politiques économiques française et allemande rendu nécessaire par la crise, va peut être nous amener à resserrer les rangs pour refonder une Europe européenne, forte et capable de décider seule, à laquelle se joindra peut être un jour l’Angleterre (la coopération militaire franco-anglaise qui vient d’être confirmée lors de l’affaire libyenne, pourrait en devenir le pilier « souveraineté »).

L’aréopage européen actuel est en effet, beaucoup trop large et inconsistant pour avancer de manière efficace et rapide. L’admonestation de Guy Verhofstadt reste plus que jamais d’actualité : « dans un monde qui avance, l’Europe doit cesser d’ergoter, cesser de se plaindre, adapter son modèle pour être compétitif dans le monde nouveau, définir les politiques communes nécessaires au sein d’un noyau dur et ouvert qui aille de l’avant sans attendre les hésitants ni les mous ». Le cercle pourra ensuite s’élargir lorsque les autres seront prêts et que l’essentiel sera préservé.

Il y a urgence en effet pour sauvegarder « l’européanité » et l’indépendance de choix de l’Europe. Le monde et d’abord les européens sont lassés des « turqueries » de nos Présidents successifs de la Commission Européenne et de certains de nos Chefs d’Etat qui se servent de « l’élargissement » comme une échappatoire à leur manque de vision pour les uns et comme un outil de dilution de l’Europe pour les autres. Ces gens préfèrent tous en fin de compte, la facilité d’une Europe marchande et bonasse, d’un grand corps léthargique et sans consistance, à l’ardente obligation d’une Europe concentrée et volontaire qui  ait son mot à dire dans la marche du monde. Ils sont indignes de leur mission en ne se risquant pas sur les hauteurs !

 

Mais elle doit au préalable, se guérir de ses pudeurs et de ses peurs injustifiées

 

Elle doit d’abord, cesser de s’égarer dans de débilitants débats sur des interprétations discutables des « droits de l’homme » à propos par exemple, de l’immigration et du contrôle de ses flux extra- comme intra-communautaires (rappelons à ce sujet les tensions entre le gouvernement français et la Commissaire aux DDH V.Reding au sujet de l’afflux des immigrants du sud de la Méditerranée via l’Italie ou même simplement des « roms » venant de Roumanie), ou encore à propos de la lutte contre la délinquance quand la Cour Européenne comme d’ailleurs une partie de la communauté judiciaire française, tend à donner plus d’importance à la protection des délinquants (au motif qu’ils sont innocents jusqu’à ce qu’ils soient déclarés coupables) qu’à la protection des victimes et de la société au motif que  la police pourrait se montrer parfois un peu trop « inquisitoriale » avec les voyous (exemple de la querelle sur la procédure de garde à vue).  

L’Europe aussi doit cesser de culpabiliser dans l’affirmation de son « être » par rapport à celui des autres. Elle a dominé le monde et a conquis des territoires qui ne lui appartenaient pas mais elle a aussi colonisé et mis en valeur ces territoires, elle y a créé des infrastructures, investi dans leur économie et leur a apporté éducation et santé,  de telle sorte que  ces territoires indépendants depuis plus de cinquante ans, peuvent maintenant se revendiquer eux-mêmes sur le  chemin du développement. Aurait-il mieux valu laisser ces territoires à leur état sauvage ? et leurs populations dans leur état de nature ?

L’Europe a même participé au commerce des esclaves entre l’Afrique et le Nouveau monde  mais qui donc « approvisionnait » ses marchands si ce ne sont les tribus elles-mêmes qui se faisaient la guerre et razziaient leurs congénères ? Quel pays arabe, africain ou asiatique par ailleurs, n’a pas pratiqué la traite et l’esclavage … et cela beaucoup plus longtemps et à une autre échelle que les pays européens ?

 

L’Europe encore, ne doit pas avoir de pudeur excessive à rappeler au reste du monde quand cela s’avère nécessaire, qu’il lui est redevable de son propre développement grâce aux sciences et techniques que l’Europe a développées depuis des siècles et qu’elle lui transfère continument. Et ceci devient encore plus vrai si l’on parle du modèle de développement durable, économe des ressources naturelles et moins polluant, que l’on veut désormais appliquer au monde en transformant le modèle de développement européen. N’oublions pas en effet, que ce dernier et non un autre se trouve à l’origine des réflexions qui ont initié le nouveau modèle et des technologies qui le rendent possible.

 

L’Europe doit cesser ses palinodies en matière de libre-échange et de concurrence dont les bons principes ne doivent pas se transformer en idéologie « libre-échangiste ». L’Europe en effet, doit être ouverte au nom des principes mais capable de protéger ses entreprises et son emploi au nom de ses intérêts.  Il lui faut se débarrasser de cette tendance absurde et quasi-religieuse de nos Commissaires successifs au Commerce et à la Concurrence  à privilégier des règles souvent érigées en dogme par ces mêmes Commissaires, aux dépens des intérêts de nos entreprises et de l’emploi des citoyens européens. Face aux importations sauvages de pays qui ne respectent pas les critères minimaux de concurrence en matière sociale, monétaire et environnementale ou encore des pays qui pratiquent sans vergogne la contrefaçon et le piratage, ou face à des pays qui ne donnent pas aux entreprises européennes les facilités d’installation minimales et équitables, il ne faut pas hésiter à faire valoir nos droits et nos exigences ou à aider nos entreprises à l’étranger. Les autres ne s’en privent pas, on le  sait bien !

Un exemple récent du « benign neglect » de la Commission à cet égard, est celui des propos tenus par l’actuel Commissaire quant à un éventuel recadrage par le gouvernement français des investissements de Renault en Turquie. Beaucoup d’autres cas peuvent être cités où la Commission a considérablement gêné voire empêché l’action d’entreprises européennes et indirectement favorisé les entreprises concurrentes en se fondant uniquement sur des critères juridiques étroitement interprétés au lieu de privilégier les facteurs stratégiques qui auraient pu aider les entreprises européennes à devenir des champions mondiaux (par exemple, affaires Péchiney/Alcan dans la métallurgie, Bombardier dans l’aéronautique, et en ce début de 2012, les réticences à approuver le  mariage Deutsche Börse/NYSE-Euronext qui ferait de ce regroupement la première place financière mondiale et la mieux régulée, etc…). Les Commissaires à la concurrence changent mais l’acharnement demeure !

Pourquoi l’Europe n’exige-t-elle pas plus fermement la réciprocité en matière d’ouverture des marchés publics à la concurrence ? Le Japon et la Chine sont quasiment fermés à cet égard et les Etats-Unis à peine entr’ouverts ! Pourquoi l’Europe n’applique-t-elle pas de mesures anti-dumping sérieuses comme le font agressivement les Etats-Unis, la Chine et autres concurrents émergents ? On n’attend pas en effet, de la Commission qu’elle joue contre son camp, même au nom de principes que les autres ne respectent pas car ils savent que la guerre économique n’est pas vraiment tendre !

La Commission à cet égard, a eu trop tendance à pratiquer  un généreux laxisme tout en privilégiant certaines fois la rigidité des principes et à d’autres occasions un laisser-faire coupable (parfois condescendant il est vrai) comme elle tend encore à le faire en matière de mesures contre le réchauffement climatique (pour donner l’exemple !) ou plus récemment en matière d’immigration et de circulation des personnes.

Les exemples abondent aussi dans le domaine de la coopération au développement où en vertu des lubies des Déclaration de Paris, Consensus européen et Accord d’Accra, la Commission laisse faire au lieu de maîtriser ses financements par le biais d’un système de co-décision et co-direction qui concrétiserait un véritable partenariat en évitant la tragi-comédie actuelle où l’Europe joue le rôle du cocu satisfait et le peuple celui de la fiancée, flouée par ses propres élites.

 

L’Europe doit ménager avec ses partenaires une période de transition qui lui permettra de rendre son modèle social compatible avec le rééquilibrage économique en cours au niveau mondial

 

Au lieu de rester bêtement paralysée par une bien-pensance tenace, l’Europe ne doit pas hésiter à affirmer son existence en imposant ses conditions  lorsqu’il est normal de le faire. L’équilibre du monde étant en train de changer et notre richesse relative moins assurée, il importe de se montrer plus pugnace au FMI, à l’OMC ou au G 8 et au G 20 où se jouent les grandes parties mondiales.

 

A l’égard du monde en développement, l’Europe doit certes faire preuve de beaucoup de solidarité mais aussi d’une fermeté qui la fera mieux respecter et plus aimer par des pays et des peuples qu’elle traitera comme des partenaires responsables et non plus comme des clients qu’elle se croit en devoir d’assister. Aux premiers en effet, on ose dire non car on les considère comme  des  égaux, aux seconds on passe lâchement toutes leurs fantaisies comme à des mineurs irresponsables. Ce sera la grande et définitive novation des relations Nord-Sud car la culture de l’excuse et du « benign neglect » en matière de développement aussi, s’est avérée absolument contre-productive.

A l’égard des grands blocs politiques ou économiques, l’Europe doit s’entraîner à parler d’une même voix comme elle s’exerce à le faire dans le cadre du G 20. Les G7, 8 et 20 sont en place pour trouver et adapter en permanence les grands équilibres économiques, monétaires, commerciaux et de compétitivité économique et sociale entre les puissances, les régions et les blocs. Dans ces enceintes, les Etats-membres doivent coordonner au mieux leur action pour faire valoir un front européen cohérent et donner le tempo à la Commission pour qu’elle soit moins idéaliste et plus machiavélienne dans l’intérêt de l’Europe et des européens.

 

Le modèle socio-économique européen s’est développé au cours des dernières décennies en réussissant un difficile et coûteux équilibre entre les préoccupations de protection sociale et les exigences de compétitivité face à la concurrence internationale.  Ce modèle souffre actuellement de la compétition sauvage des pays à système de protection sociale moins avancé ou inexistant mais aussi du coût excessif de nos services publics qui pèse sur la compétitivité de notre système de production.

Il convient donc pour le pérenniser, de ménager une période de transition/adaptation qui permette de réduire les déséquilibres actuels en poursuivant les réformes structurelles du secteur public en Europe, en pratiquant une politique industrielle qui soutienne efficacement les efforts de productivité des entreprises européennes et si nécessaire, en défendant mieux nos frontières dans les cas d’urgence. Cette période de transition devrait durer jusqu’à ce que les coûts de production des pays en développement aient atteint un niveau tel que nos entreprises n’aient plus à délocaliser leur production pour survivre et que lesdits pays en développement puissent se recentrer sur leur marché intérieur plutôt que de pratiquer sans retenue le « dumping » social, monétaire et environnemental qui leur permet d’envahir les marchés européens et américains. Et s’il faut temporairement corriger les excès de ce dumping pour sauvegarder certains  secteurs considérés comme stratégiques en Europe, n’hésitons pas à prendre les mesures nécessaires. Tout cela peut se discuter et l’Europe a suffisamment d’atouts pour se faire respecter sans devoir offusquer ni brimer les autres. Le G 20 est l’enceinte idoine pour cela et l’OMC suivra. Il faut simplement oser !

 

Du côté des Etats-Unis, on s’inquiète beaucoup de la crise européenne des dettes à tel point que les économistes américains C. Sims et T. Sargent, à peine récipiendaires du Prix Nobel 2011, font savoir qu’ils viennent de trouver la solution miraculeuse et immédiate  (« facile » disent-ils !) pour sortir l’Europe de la crise de la dette . Ils prêchent aux européens : « Faites comme nous lorsque les 13 Etats américains fondateurs se sont unis ! », « Faites un budget commun et des dettes communes via Bruxelles ».  Le Financial Times lui aussi, a lancé aux Etats européens sous quelques signatures majoritairement américaines, un « appel à s’unir ».  Le Président des Etats-Unis également !

Sympathiques mais  inénarrables américains ! Faisons-leur simplement remarquer que l’Europe actuelle n’est pas l’Amérique du 19è siècle (à laquelle il a tout de même fallu plusieurs dizaines d’années pour aboutir à une budgétisation commune !) et qu’elle a une histoire politique, économique, sociale, sociologique et culturelle autrement plus longue et plus compliquée qui rend les choses un peu moins simples que dans les anciennes petites colonies anglaises de la côte est de l’Amérique du nord.

Que nos amis américains  s’inquiètent de l’euro est compréhensible (le dollar, l’économie et la dette US ne sont pas non plus très vaillants !) et assez sympathique par certains côtés … Ils doivent lire ce qui a été dit plus haut et pour  calmer leur  angoisse, qu’ils sachent que nos Chefs d’Etat, le Président de notre Banque Centrale et le Président de la Commission sont parfaitement au courant de la situation et font le nécessaire.

On pourrait en retour, leur conseiller de s’occuper de trouver à tout hasard, les parades à un éventuel retour de flammes de la « crise américaine » qui, revenant à ses sources de 2008, générerait alors des déséquilibres beaucoup plus graves tout en empêchant de résorber rapidement la « crise européenne » ?  …. Par exemple, suggérer au peuple américain d’user moins frénétiquement du crédit, de consommer moins gloutonnement des produits chinois à bas prix et de payer un peu plus pour leur propre protection sociale et celle des pauvres. Le modèle européen sur ses deux piliers, économique et social, a en effet assez bien démontré jusqu’ici, sa capacité de résistance à la crise. Qu’en sera-t-il du modèle américain qui a jusqu’ici, dévoré autant de dette que les Etats européens … et ne tient malgré cela que sur un seul pilier ?

 

Les grands sujets ne manquent donc pas et les G 8 et G 20 de l’année 2011 sous présidence française ont eu des agendas particulièrement chargés : lutte contre le trafic de drogue, valeur des monnaies, excédents et déficits commerciaux, excédents et déficits budgétaires, régulation des flux financiers, évolution du climat, diversification des sources d’énergie, … et enfin, le traitement  de la crise des dettes européennes qui a logiquement pris le dessus en raison de son urgence.

 

Enfin et durablement, remettre en ordre les finances publiques et les trésoreries privées pour faciliter le rééquilibrage de la compétition

 

Après le sauvetage financier que les Etats ont opéré à grande échelle au cours des années 2008-2009, et au-delà de la « régulation internationale » de l’activité des intermédiaires et des flux financiers que le G 20 et les institutions financières internationales commencent à mettre en œuvre avec les gouvernements, il faut maintenant cadrer convenablement la remise en ordre des finances publiques mais aussi des finances privées.

 

Renflouer les trésoreries privées signifie que notre moderne consommateur européen et plus encore l’américain, vont devoir réfréner leur gloutonnerie à crédit et réapprendre à consommer plus raisonnablement, c'est-à-dire acheter à la Chine et aux autres économies émergentes, beaucoup moins de « gadgets » peu utiles ni indispensables et acheter un peu plus de produits du « terroir » ou de services non dé-localisables, de ceux que l’on peut produire dans les régions euro-méditerranéenne ou américano-latine. Le consommateur européen par exemple, pourrait fort bien se mettre en tête d’acheter deux paires de chaussures de bonne qualité à 25 euro fabriquées en Europe qui lui feraient le même usage que 5 paires de sandales chinoises à 10 euro qui ne dureraient que quelques jours. Il n’est évidemment pas question de lancer une campagne du type « achetez européen » qui ne serait pas acceptable dans la situation actuelle de libre concurrence mondialement acceptée comme règle du jeu et serait aussi contraire à nos propres intérêts en raison des représailles commerciales qui s’ensuivraient inéluctablement. Il n’est pas impossible cependant que notre hyper-consommateur européen reçoive l’illumination et comprenant qu’il est en fin de compte, son propre « donneur de travail », adopte plus  vite qu’on ne  pense ce comportement d’achat plus rationnel dont bénéficieraient directement  l’entreprise et l’emploi européens. Il ne lui est pas  interdit non plus (ni à la célèbre « ménagère de moins de 50 ans !) d’acheter tout simplement moins de gadgets inutiles, de jeux ou jouets pour les enfants, d’écrans divers plats ou en relief, de changer moins souvent de téléphone portable ou d’ordinateur, de moins se précipiter sur toutes les nouveautés, etc … ! Il doit prendre conscience qu’il est contradictoire de vouloir se goinfrer de gadgets à bas prix et de se plaindre en même temps de son emploi et de son pouvoir d’achat !

Les pays en développement, en premier lieu la Chine et les autres pays émergents, verront alors diminuer un peu leur taux de croissance artificiellement gonflé par des exportations sous-valorisées et un secteur de la construction en délire. Les prix dans les pays consommateurs augmenteront peut être un peu mais on repartira ainsi sur une répartition internationale plus réaliste et tenable à long terme, de la production et de l’emploi comme de la consommation et des coûts … accompagnée d’un nécessaire réajustement de la valeur des monnaies (yuan, dollar, euro).

 

Renflouer les trésoreries publiques signifie pour les Etats, dépenser moins c'est-à-dire continuer de réformer les services publics pour qu’ils rendent autant voire plus de « services » et de meilleure qualité à moindre coût grâce à une meilleure organisation, une plus grande flexibilité, moins de grèves corporatistes et plus de dévouement des agents à la chose publique à la fois par le nombre d’heures ou de jours de présence mais surtout par l’accomplissement d’un travail effectif  pendant lesdites heures de présence ! Le service public et la fonction publique, eux aussi, doivent obéir aux principes de gestion en flux continu et d’amélioration permanente des performances. Ce n’est pas l’apanage du seul secteur privé ! C’est le devoir de tous.

La diminution de la ponction du  service public sur l’ensemble de l’économie, améliorera la productivité et donc la compétitivité de cette dernière, permettant ainsi de mieux lutter contre les importations de produits à bas prix et d’améliorer la position exportatrice des pays européens donc de sauvegarder ou de créer des emplois en Europe.

 

Après des années de gabegie, la priorité pour les personnes  privées comme pour les Etats et le secteur public, est d’une part de limiter les dépenses aux seules dépenses strictement utiles et nécessaires et d’autre part, d’améliorer notre compétitivité, celle des pays européens entre eux et celle de l’ensemble européen par rapport au reste du monde.  Cela implique évidemment une plus grande discipline et dans les cas plus graves cas quelques sacrifices à savoir moins d’augmentation de salaire pour tous (dans certains pays ils ont même été diminués), plus d’impôts pour les plus riches afin de faire face aux dépenses dites incompressibles (avant qu’elles n’aient pu être compressées !) et des réformes structurelles drastiques (celles auxquelles rechignent les syndicats et dont ont peur les gouvernements !) . C’est la première condition du rééquilibrage économique mondial et du  retour de l’Europe sur le devant de la scène.

 

 

Le rééquilibrage d’ensemble du système économique mondial sera par ailleurs, facilité par l’augmentation naturelle des coûts de production et l’accentuation des problèmes de logistique en Chine et dans les autres pays-usines, phénomène qui incite déjà beaucoup d’entreprises occidentales à repenser leur stratégie d’investissement extérieur. Le Japon des années 90 est le meilleur exemple d’un tel rééquilibrage après les décennies conquérantes (années 70 et 80) où les progrès de l’économie japonaise semaient la panique dans les milieux industriels occidentaux (« où s’arrêteront-ils ? » disait-on). Les situations respectives de compétitivité se sont maintenant rapprochées au point que le Japon souffre maintenant des mêmes maux que les économies européennes et américaines, à savoir une certaine langueur économique due à la saturation de notre sur-consommateur largement assouvi ! Mieux vaudrait que le nouvel équilibre mondial s’établisse dans l’harmonie avec des Etats-Unis moins gloutons mais plus solidaires à l’intérieur comme à l’extérieur, avec une Chine plus préoccupée de créer  un marché intérieur solide et moins maladivement gourmande de devises, et une Europe plus décidée à montrer au monde que son « modèle » est à tout prendre assez performant par l’équilibre qu’elle a su créer puis maintenir entre le  social  et l’économique.

C’est la tâche du G 20 que de mettre tout cela en harmonie et de montrer ce qu’il est socialement juste, économiquement possible et « environnementalement » nécessaire de faire entre les grands blocs économiques et entre ceux-ci  et le reste du monde.

Une grande politique étrangère doit être ambitieuse et courageuse. L’Europe en a les moyens, encore faut-il  qu’elle en ait la volonté !