Pour en finir avec la crise et faire l’Europe


 

La crise est partie des Etats-Unis du côté de son secteur financier où des politiques publiques et privées dangereuses (laxisme de la Federal  Reserve et aventurisme des banques) n’ont fait que renforcer la gloutonnerie immodérée des consommateurs américains pour des produits achetés grâce à des crédits qu’ils  n’étaient pas en mesure d’honorer, produits au surplus qu’ils ne fabriquaient même plus sur leur territoire aux dépens de leur propre emploi.

La crise bancaire en portant un coup sévère à la confiance des consommateurs, a contaminé le secteur économique pendant un temps jusqu’à ce que les mesures de sauvetage des banques et de relance économique laissent à croire que la crise était passée et que l’économie repartait  du bon pied avec la confiance.

C’est alors que, tel le Phénix, la crise des dettes publiques a surgi des cendres de la crise bancaire. Les désolants atermoiements de l’Europe (de l’Allemagne tout spécialement) à propos de la  crise grecque, de l’Irlande puis du Portugal, de l’Espagne et de l’Italie, ont progressivement envenimé le « climat des marchés », nourrissant la défiance à l’égard des dettes européennes et de l’euro. Il aura fallu la dégradation de la note de la dette publique américaine et les menaces de dégradation de la note française et de la note allemande pour que la France et l’Allemagne, en arrivent à décider (ou accepter) de prendre enfin, les mesures drastiques et concrètes de « sauvetage solidaire » de l’euro et des pays endettés en contre-partie d’engagements forts de « gouvernance économique et de discipline budgétaire » tels qu’ils ont été formalisés dans l’Accord de Bruxelles du 9 Décembre 2011. 

 

Il est possible voire probable qu’un jeu malsain ait excité les acteurs financiers anglo-saxons contre l’euro et les pays du continent, la situation globale de ces pays n’étant pas pire et souvent bien meilleure que celle des Etats-Unis, de la Grande Bretagne ou du Japon. Cette « attaque » était il est vrai, facilitée par l’émiettement des pouvoirs de décision entre les gouvernements de l’Eurozone et la Banque Centrale Européenne sans compter les contraintes surajoutées des Traités de l’Union.

Il est vrai aussi que l’Europe (y compris l’Allemagne malgré les efforts qu’elle a faits depuis une dizaine d’années) a depuis des décennies, dépensé beaucoup plus qu’elle ne pouvait se le permettre et qu’elle doit maintenant s’astreindre à la discipline budgétaire d’un équilibre global … et on vise par là, les budgets des Etats comme ceux des particuliers !

L’Accord de Bruxelles répond à  ces préoccupations en échange des mesures immédiates de sauvetage de l’euro que pourront prendre les institutions européennes (mécanisme européen de stabilité, prêts aux Etats via le FMI, et bien évidemment, interventions de la Banque Centrale). 

 

C’est ici que commence le chœur des pleureuses : « cet accord ne répond pas au problème ! » disent-elles, accompagnées par les lamentations velléitaires du candidat du  Parti Socialiste français aux élections présidentielles (« je renégocierai cet accord » !).  Certains « conseilleurs » voudraient que la Banque Centrale soit mise à la botte du gouvernement, d’autres que les dettes soient mutualisées et qu’on lance des tombereaux d’eurobonds pour financer de grands travaux, relancer la croissance en faisant payer les riches et les entreprises, contrôler l’action des banques, fermer les frontières, interdire les licenciements, etc … bref, pour les plus gauchisants revenir à l’économie administrée et aux « recettes » anti-compétitivité des gouvernements français de 1981 ou 1997 et pour les autres, en particulier le parti socialiste et son candidat à l’élection présidentielle française, tout faire pour éviter les réformes structurelles douloureuses tout en promettant au peuple que les mesures désagréables ne toucheront que les « riches »…. Bref, qu’on lâche les vannes au nom de la reprise économique, de la croissance, de l’emploi, du pouvoir d’achat, des pauvres, de la justice sociale, …  et bien sûr, de leur clientèle électorale ! « Tout cela  peut être engagé dès demain ! » affirme encore notre candidat socialiste : certes, on peut toujours faire de la démagogie et s’embarquer dans les rêves mais il est malhonnête et irresponsable de vouloir y embarquer son pays ! On pourrait encore essayer de transformer la France en une grande « Suisse » pour nous éviter l’effort de faire quelque-chose de grand avec l’Allemagne mais il faudrait alors, comme la Suisse, faire une politique encore plus sage et rigoureuse ce qui n’est pas apparemment dans les objectifs du candidat ( ?). Allons ! Les « Attali » et autres conseilleurs du candidat « Hollande » n’ignorent pas que tout cela est précisément en discussion entre les Chefs d’Etat en vue de faire la synthèse du nécessaire et du possible compte tenu des vérités, des idiosyncrasies, des lubies et des pesanteurs des peuples et de leurs gouvernants respectifs. En fait, nos « pleureuses » préfèrent l’immobilisme à l’exemple du « ni-ni » mitterandien de 1988 dont elles  croient qu’il comporte moins de risques : on ne bouge pas même si on sait pertinemment que cela n’est pas tenable et conduira au déclassement de la France ! Cette irresponsabilité politique et ce manque de vision d’avenir sont consternants ! Nous nous refusons à croire que cette manière de caresser la veulerie de notre petit-bourgeois national, soit la bonne manière de parler aux français !

Bref, on tourne en rond et il s’avère difficile d’arrêter le refrain démagogique de la gauche qui semble n’avoir pas encore compris que nous ne pouvons plus faire face, seuls, aux défis du monde et que pour le faire avec succès, il faudra désormais intégrer la dimension européenne. De grâce, évitons de retomber dans l’addiction nationale au laxisme et à la  facilité politique qui nous ont conduits dans  les difficultés actuelles. Une grande politique est une politique forte qui assure l’indépendance et l’autonomie de décision du pays et non pas une politique de complaisance à l’égard de la clientèle susceptible de vous porter au pouvoir !

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Cette synthèse du nécessaire et du possible est actée par le  compromis franco-allemand des 5 puis 9 décembre 2011 qui consacre :

-          l’assouplissement progressif de la rigidité monétariste allemande (solidarité avec la  Grèce puis avec l’Irlande et le  Portugal, acceptation de l’élargissement du rôle de la BCE au-delà de ce qui était  initialement prévu formellement dans les Traités, création du Fonds de Stabilité puis du Mécanisme européen de Stabilité, prêts des Banques  Centrales nationales au FMI pour ses interventions éventuelles en Europe, et enfin « gouvernement économique » sous la supervision des Chefs d’Etat et de l’Eurogroupe ),

-          l’acceptation par la France d’une discipline budgétaire à laquelle elle n’était plus habituée depuis plus de quatre décennies impliquant un sevrage progressif de la drogue des déficits budgétaires récurrents mais sevrage évidemment douloureux compte tenu  de l’addiction du peuple français à ces lâches petites facilités fiscales et sociales.

 

Bien sûr, la  suite logique de cet accord est de progresser dans le sens  d’un gouvernement économique plus large qui aille au-delà du sauvetage immédiat de l’euro et de la simple discipline budgétaire à plus long terme. Il reste en effet, à organiser la convergence économique et fiscale des pays européens du « noyau » en assurant un juste et durable équilibre entre croissance et saine gestion.  L’Accord de Bruxelles du 9 décembre ouvre la voie de cette politique et ce, nonobstant les récriminations de ceux qui préfèrent la facilité à l’effort et quelles que soient de l’autre côté, les réactions épidermiques des « marchés » obnubilés par le court terme.

 

En même temps qu’on instituera un gouvernement économique européen mieux intégré, il faudra, une fois l’orage passé, ouvrir le  dossier des missions de la BCE qui ne devrait plus seulement confiner ses ambitions à la « stabilité monétaire » et au « contrôle de l’inflation » (obsession historique allemande) mais se vouer également à la  dynamisation et à la croissance des économies européennes. Ce dernier aspect devient  vital dans le contexte du changement en cours des équilibres économiques mondiaux et il importe que l’Allemagne, désormais assurée du « sérieux » de la gestion de ses partenaires et convaincue que la discipline budgétaire est définitivement devenue une vertu européenne et pas seulement allemande, en devienne le promoteur aussi enthousiaste qu’elle l’est actuellement de la valeur de notre monnaie commune ! C’est la vision française et elle est nécessaire pour que l’Europe puisse continuer de prendre sa part de l’avenir du monde.

 

« La réalité de l’Europe, c’est la France et l’Allemagne et si elles ne sont pas unies, l’Europe disparaîtra dans la tourmente ! ». De Gaulle le disait déjà à Adenauer il y a cinquante ans lors de la signature du Traité de l’Elysée.

Nous y sommes ! les Chefs d’Etat de 2011 sont en passe de faire prendre corps à cette vision d’une Europe forte et indépendante nonobstant  la grogne des peuples, les admonestations  de ceux qui prétendent savoir et les réticences des puissances rivales.

 

L’Europe aura donc décidé de rester l’Europe et, selon la formule gaullienne, « elle invite le reste du monde à s’en accommoder ».  Le grand rééquilibrage des puissances et de la gestion des affaires du monde est en cours et l’Europe y prendra sa part.

La Conférence de Durban sur le climat par exemple, vient rappeler opportunément au monde que si nous voulons limiter le réchauffement à 2° à l’horizon 2050 comme prévu à Cancun, chacun devra faire de gros efforts à commencer par les Etats-Unis, la Chine et les autres pays émergents et pas seulement cette « bonne vieille Europe » qui se flagelle avec constance au nom des engagements de Kyoto quand le reste du monde la regarde faire en souriant.

Les Etats-Unis après l’alerte de cet été et la dégradation de leur dette publique par les agences de notation, se disent « inquiets » des soubresauts européens de la dette. Nous les remercions de leur compassion mais à eux d’agir  également dans ce domaine ! Ils  savent en effet, que leur propre dette et leur dollar ne sont pas à l’abri et que leur économie et leur système financier souffriraient  beaucoup si la crise empirait en Europe. Il leur reste encore à accepter le fait que leur domination des cinquante ou soixante dernières années est en train de s’évanouir devant l’émergence d’un monde multipolaire et qu’ils vont devoir eux aussi, se déprendre de certaines mauvaises habitudes. Les puissances européennes ont fait ce chemin depuis la guerre, ils doivent maintenant le faire eux aussi très vite.

Quant à l’Asie et au premier rang la Chine et l’Inde, elles voient déjà se réduire les carnets de commande de leurs usines en raison de la diminution des achats de l’ensemble européen qui reste malgré tout leur  premier client. La crise européenne les inquiète même s’ils sont avides de recouvrer la face en donnant des leçons au vieux continent et en prônant  le concept « Asie-Pacifique » magnifiant ainsi les relations trans-Pacifique aux dépens des transatlantiques. Ils se rendent compte à cette occasion  de l’interdépendance générale des économies et des peuples. Ils prennent conscience qu’ils devront eux aussi participer aux efforts de stabilisation de l’économie mondiale et que le défaut d’une partie pourrait ruiner le tout. A eux donc d’agir pour réorienter leur croissance vers leur marché intérieur au lieu de s’entêter à pratiquer une concurrence forcenée et souvent déloyale sur les plans humain, social, environnemental et monétaire. Elle leur a sans doute permis de décoller mais serait à long terme très nuisible à tous, … un des effets pervers du concept « export led growth » tant vanté par la Banque Mondiale pendant les dernières décennies !  A nous alors, de les aider à rendre leur croissance faisable et durable dans  leur intérêt mais aussi dans le nôtre !

 

La crise aura donc eu le double avantage de catalyser l’intégration européenne et de faire prendre conscience aux puissances émergentes qu’elle devront elles aussi, prendre leur part du fardeau de l’organisation durable du monde futur. L’impact de la crise européenne est universel et il est de l’intérêt de tous qu’elle ne dégénère ! La co-opération s’impose pour faire face aux aléas d’un monde désormais clos où tous sont responsables de tout et en particulier de la survie de l’humanité et de l’épanouissement de l’homme.