Pourquoi cet ouvrage ?

L’objet de ce livre est d’expliquer le processus pernicieux par lequel nos intellectuels d’après-guerre ont perverti l’esprit public. Ces modernes sophistes ont amené, volontairement ou non, des générations de jeunes gens à penser faux, à nier que chacun aie des responsabilités à l’égard de la société et à professer que la société bien au contraire, devait  non pas éduquer l’individu mais le laisser faire pour qu’il se construise et s’épanouisse par lui-même, l’incitant ainsi (le « structurant » diraient certains !) à s’avachir dans la facilité et le confort intellectuel et matériel que lui procurait ladite société.

Face à  cette problématique de déliquescence civique, la méconnaissance des réalités du terrain par nos intellectuels, leur préférence naturelle  pour le conceptuel aux dépens des nécessités de l’action (« des hommes au milieu des circonstances ») et enfin, le blocage mental des faiseurs d’opinion sur les bons sentiments et les poncifs politiquement ou socialement corrects, font que les gouvernants ont le plus grand mal à faire face aux tempêtes et à prendre les mesures désagréables qui s’imposent parce que le peuple, formé au moule de la  facilité et de l’excuse sociales, mal informé et souvent désinformé,  ne suit pas.     

Le portrait  du petit-bourgeois « boboïsant » brossé par Jünger juste après la guerre, est prémonitoire et explique pourquoi la crise nous a surpris après des décennies de bien-pensance héritée de la logorrhée marxisante et de l’angélisme crypto-chrétien, qui ont détruit petit à petit les défenses et les capacités de réaction de notre corps social à la mesure exacte de son enrichissement progressif et de la généralisation de la protection sociale qui lui permettait précisément de s’offrir le luxe de la complainte permanente et de la  contestation sans lendemain.

Nos petit-bourgeois se plaignent mais ne voient pas encore très clairement les vrais pauvres, ceux du monde en développement, qui les envient et les contemplent depuis  leurs gigantesques et lointains bidonvilles. Ils ne sont pas encore montés à l’assaut  de nos forteresses socialement et syndicalement sécurisées mais  la pression s’accentue et on commence à la sentir !

La  crise aura donc eu le mérite de faire prendre conscience aux peuples européens que leur modèle humain, le petit-bourgeois modérément enrichi mais fortement protégé, doit très vite réagir s’il veut survivre dans la compétition que lui imposent les nouveaux acteurs et s’il veut aussi que la civilisation dont il est l’héritier et le continuateur puisse prendre sa part du devenir du monde.

Le temps est venu pour l’Europe de se rassembler autour de ses piliers. «L’Europe, c’est la France et l’Allemagne … unies, elles feront l’Europe, désunies elles disparaîtront avec elle ! ». C’est le chemin que semblent prendre nos  Chefs d’Etat. C’est le seul ! Il y faudra de la lucidité, du courage et de la volonté. Ne nous  trompons  pas  dans le  choix des hommes qui  doivent nous y conduire et donnons raison à de Gaulle encore une fois.